Pourquoi la manosphère les adore-t-elle ?

Pourquoi la manosphère les adore-t-elle ?

Un regard critique sur les attentes autour du Pilates

Dans la dernière saison de la célèbre télé-réalité “Love is Blind” de Netflix, Chris Fusco, un cadre de 33 ans et ancien militaire, a rejoint le groupe d’hommes qui ont quitté le show sous une mauvaise étoile. Lors d’une conversation avec sa fiancée, Jessica Barrett, médecin spécialisée en maladies infectieuses, il a exprimé ses doutes quant à leur relation, en évoquant un manque d’attraction physique.

Il a précisé que son type habituel était une femme qui fait du Pilates tous les jours.

Dans un épisode récent du podcast “Call Her Daddy”, Jessi Draper, une star de la télé-réalité, a mis en lumière les difficultés qu’elle a rencontrées avec son mari avant qu’il ne demande le divorce. Elle a révélé qu’il menaçait de rendre publics des textos embarrassants liés à une relation émotionnelle qu’elle avait eue l’année précédente, qu’il l’avait surveillée sans son consentement et qu’il avait même engagé des escorts pendant leur mariage.

Elle a également témoigné d’abus émotionnels, son mari lui enjoignant de “commencer à faire du Pilates chaque jour”. Cette remarque semble faire écho non seulement à une simple critique de son apparence mais représente également l’idée d’un ensemble d’attentes concernant ce qu’est une femme désirable. Ce genre de discours s’associe aux idées véhiculées par certains groupes d’hommes, où les hommes se posent en victimes d’un féminisme en évolution, cherchant à réaffirmer leur domination sur les femmes pour retrouver un statut social qu’ils estiment perdu.

Le concept de “fille Pilates” a été popularisé sur les réseaux sociaux, décrivant une femme qui pratique ce sport jugé plus féminin, évitant de développer des muscles trop volumineux. Elle préfère les classes de 50 minutes, souvent perçues comme des espaces exclusivement féminins, loin des regards masculins. Selon un influenceur sur Instagram, avoir une partenaire adepte du Pilates serait signe d’un bon choix de vie.

Jess Draper sur un plateau de podcast, discutant des abus émotionnels de son mari.
Jessi Draper évoque sur le podcast “Call Her Daddy” des abus émotionnels de son mari, dont des remarques sur le Pilates.

Le Pilates est souvent perçu comme associé à des privilèges. Cependant, son enseignement, fondé par Joseph Pilates, est loin de n’être qu’un phénomène de mode. Né en Allemagne, Joseph Pilates a développé cette méthode pendant sa détention au Royaume-Uni durant la Première Guerre mondiale. Il a introduit l’idée de la connexion entre l’esprit et le corps, et a fini par populariser sa méthode à New York, où elle a séduit de riches socialites.

Le regain d’intérêt pour le Pilates peut être vu comme une réponse à la culture des années 1980 dédiée à des entraînements intensifs. L’exercice s’est intégré dans un contexte socioculturel où l’esthétique joue un rôle significatif, souvent déterminé par des normes de beauté restrictives. La perception sociale actuelle du Pilates, comme étant un exercice exclusif, reflète une conception rigide de la féminité et des attentes culturelles préexistantes.

Points importants à retenir

  • Le Pilates est devenu un symbole des attentes de la société envers les femmes.
  • Les stéréotypes entourant les femmes qui pratiquent le Pilates sont souvent liés à une représentation de la minceur et de la soumission.
  • Les réseaux sociaux amplifient certaines visions du corps idéal encouragées par des influenceurs.
  • Joseph Pilates a créé cette méthode en réponse à des contextes historiques et sociaux spécifiques.
  • La popularité du Pilates reflète des tensions culturelles autour de l’esthétique corporelle et des rôles de genre.

En tant que femme et observatrice de ces dynamiques, je me questionne sur l’impact réel de ces attentes sur notre perception de soi. Pourquoi la société continue-t-elle d’imposer des normes si restrictives sur l’apparence et le comportement des femmes ? L’émancipation passe-t-elle par la réappropriation de ces espaces, ou devrions-nous repenser notre rapport aux activités physiques dans une perspective plus inclusive et libératrice ? Le débat est ouvert.



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