
Je me souviens de l’angoisse qui m’envahissait chaque fois que j’entrais dans le vestiaire des garçons, le cœur battant.
Bien que l’épuisement d’une séance d’éducation physique y contribuait, ce n’était pas la seule raison de mon état d’alerte. À l’approche des douches, la remarque d’un camarade tombait comme un couperet : « Ne laisse pas ce pédé entrer ici ! »
J’avais 14 ans et je n’étais pas encore sorti du placard, ni comme gay, ni comme non-binaire. Cela a laissé une empreinte profonde en moi, à tel point que je n’ai pas osé mettre les pieds dans une salle de sport pendant plus de dix ans.
À 13 ans, j’avais commencé le collège et fait face à un nouveau groupe de garçons, en pleine tempête hormonale. Je peinais à me faire des amis, rapidement devenu une cible de choix.

Dès lors, chaque séance d’éducation physique était marquée par cette humiliation. D’autres garçons étaient également exclus, notamment un qui souffrait d’un handicap physique et un autre très timide, souvent désignés pour changer dans un coin, loin des autres.
Nous étions même contraints de ne pas utiliser les douches. Si jamais j’essayais, ils se préparaient à me chahuter avec des serviettes. Cette exclusion avait des répercussions non seulement sur le plan social, mais elle annihilait également tout plaisir lié aux sports.

J’ai vite développé une peur des espaces de fitness et des activités sportives. J’évitais même d’entrer dans des magasins de vêtements de sport, et je ne me rendais pas à la salle de sport. Cela a influencé ma perception de l’alimentation ; anxieux à l’idée de prendre du poids, j’ai commencé à surveiller de près mon régime alimentaire.
Ce n’est qu’au cours de la pandémie que j’ai redécouvert le plaisir d’exercer, loin des éventuels intimidateurs, en marchant ou en m’entraînant dans le parc.
Quand j’ai pu réintégrer la société, à 25 ans, j’ai décidé de me joindre à un gymnase. L’effroi m’a rapidement envahie à la vue des machines et des cours. Je me sentais toujours exclu, pensant que je n’avais pas ma place dans les zones de musculation.
Alors que je m’affichais comme queer depuis dix ans, je portais des ongles vernis et du maquillage au gymnase. Pourtant, je retrouvais des groupes de jeunes hommes qui renvoyaient des échos de mes années collège. Bien que je n’aie pas été directement victime de discrimination, je ressentais une forte appréhension à l’idée de croiser ces hommes aux vestiaires.

À présent âgé de 28 ans, j’appartiens à une salle de sport plus petite et plus conviviale où je me sens en sécurité, entouré d’une communauté qui valorise chacun.
Il y a un vrai sentiment d’appartenance, une diversité de personnes cherchant à s’entraîner. Lors de ma première visite, j’ai remarqué des installations neutres en matière de genre et un réel souci de traiter chacun comme un athlète, et non comme un simple client.
Ce gymnase m’a si bien accueilli que j’ai partagé mon identité de genre avec les instructeurs, me sentant à l’aise d’y être moi-même.

Je leur ai envoyé un e-mail pour me présenter, informer que je suis non-binaire et que j’utilise les pronoms « ils/elles ». Bien que cela ait été intimidant, cela me semblait juste.
La réponse fut empreinte de respect et d’une gratitude touchante, marquant un tournant dans ma relation avec le fitness. Ils m’ont assuré que j’étais le bienvenu et qu’ils informeraient l’équipe pour que je me sente à l’aise.
Cette réponse me fit un bien fou. Aujourd’hui, lorsque je m’entraîne avec mon partenaire, mon identité n’est plus une question de débat. Nous sommes là pour notre bien-être, c’est tout.
Ce que je chéris le plus, c’est cette sérénité dans l’éventualité d’un problème, car l’homophobie et la transphobie persistent. Avoir une équipe qui me soutient est inestimable.
En rétrospective, je suis fier d’avoir, malgré les brimades et une expérience déformée du sport, réussi à me permettre d’explorer le fitness pour moi-même.
Je n’avais pas cette chance enfant, mais aujourd’hui, je veille à saisir l’opportunité de découvrir qui je suis et ce qui me plaît dans ces espaces, sans avoir peur.
Points importants à retenir
- Les expériences d’intimidation à l’école peuvent avoir un impact durable sur la perception de soi.
- Les environnements sportifs doivent être inclusifs pour favoriser le bien-être de tous.
- Il est crucial de trouver des espaces où chacun se sent en sécurité et valorisé.
- L’acceptation de soi et le soutien communautaire sont des éléments clés pour dépasser ses peurs.
En fin de compte, il est essentiel d’ouvrir le débat sur la nécessité de rendre les espaces fitness accessibles à tous. Comment pouvons-nous, collectivement, surmonter les stigmates et créer des environnements où chaque individu, peu importe son identité, peut s’épanouir sans crainte ?





