Dilawar Hussain Fazal purge une peine de 36 ans de réclusion pour avoir tué trois frères âgés avant de brûler leurs corps dans la ville de Morata de Tajuña, près de Madrid, en 2023. Il devra maintenant faire face à une nouvelle accusation, celle du meurtre de son codétenu, Ángel Asenov. Fazal n’était dans le module 12 de la prison d’Estremera que depuis 22 jours lorsqu’il a frappé Asenov à mort avec un haltère de 2,5 kilos, volé au gymnase, dans la nuit du 15 février 2024.
La juge du tribunal d’instruction 8 d’Arganda del Rey a conclu l’enquête et a renvoyé Fazal devant les tribunaux, accusé de meurtre. C’est un jury populaire qui décidera de son sort.
La Guardia Civil a découvert le disque de l’haltère utilisé pour le meurtre.
Défaillances de sécurité
La juge a cependant rejeté la demande de la famille de la victime, représentée par l’avocat Rodrigo López del Cerro, d’inculper la Secrétariat Général des Institutions Pénitentiaires et donc le Ministère de l’Intérieur. Elle a déclaré qu’il n’était pas nécessaire de rendre l’Intérieur responsable des événements, malgré les conclusions de la Guardia Civil qui soulignent des défaillances de sécurité dans la prison, y compris l’absence d’un protocole de contrôle du matériel du gymnase.
“La responsabilité du fonctionnement anormal des services publics doit être réclamée par voie administrative et non pénale. Si une garde inefficace des détenus est prouvée, cela doit être considéré administrativement, car il n’y a pas de preuves que les fonctionnaires aient participé au délit,” a expliqué la magistrate.
“Cet assassin, ça se voyait venir”
La famille d’Asenov a déjà fait appel de cette décision. L’avocat soutient que l’Intérieur devrait être inculpé en vertu de l’article 120.3 du Code pénal, car le crime a été commis par un tiers, un détenu, dans une prison contrôlée par l’administration publique.
Il avance que “le crime aurait pu être évité si les autorités pénitentiaires avaient détecté le vol de l’haltère ou avaient séparé les deux détenus.” Après le meurtre, plusieurs détenus ont déclaré qu’Asenov avait eu des problèmes avec Fazal et avait demandé à être transféré, en vain. Une déclaration notée fut : “Cet assassin ne devait pas être en compagnie.” Les témoignages semblent donc accuser une prise de décision défaillante concernant la garde des détenus.
Prisonnier avec son agresseur
Dans son appel, l’avocat estime qu’il existe une relation de causalité entre la non-conformité réglementaire et le crime. Le vol de l’haltère, non détecté par les contrôles, et la cohabitation sans mesures adéquates ont grandement facilité le délit.
“La victime se trouvait dans une position de total vulnérabilité“. Si les protocoles avaient été appliqués pour empêcher le vol ou pour transférer le détenu, ce tragique événement aurait pu être évité,” déclare-t-il.
Un détenu en charge du gymnase
Cette affaire a révélé de graves lacunes de sécurité au sein de la prison d’Estremera, notamment l’absence d’un protocole pour contrôler le matériel de gym. Par ailleurs, une enquête a révélé qu’“n’importe qui pouvait entrer dans le gymnase”, et qu’un détenu était en charge de contrôler le matériel.
“Tout le monde pouvait accéder au gymnase, même ceux qui n’étaient pas là pour faire du sport. Le détenu en charge était conscient qu’il ne pouvait pas être là toute la journée pour surveiller,” a déclaré une inspectrice chargée de l’enquête.
L’haltère non enregistré
Selon l’enquête, la fonctionnaire chargée du module contrôlait le détenu responsable du gymnase, mais sa tâche se limitait à une simple visuelle au début et à la fin de sa journée de travail. L’agent a avoué ne pas faire le relevé des haltères. Au moment du crime, aucune liste précise du matériel n’avait été fournie.
L’avocat de la victime insiste sur la responsabilité civile du Ministère de l’Intérieur dans cette affaire. Le ministère “a modifié l’organisation et les procédures de contrôle au gymnase” suite à ces événements tragiques, montrant ainsi que les manquements étaient manifestes.
Points importants à retenir
- Dilawar Hussain Fazal a été condamné pour le meurtre de quatre personnes, dont Ángel Asenov.
- Une enquête a mis en évidence des défaillances de sécurité dans la prison d’Estremera.
- La prison a révélé l’absence de protocoles de contrôle sur le matériel de gym.
- Un débat se pose sur la responsabilité administrative des autorités pénitentiaires.
- Les témoignages des détenus suggèrent des problèmes de cohabitation non gérés.
En réfléchissant à ce tragique enchaînement d’événements, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la responsabilité des institutions face à des faits aussi graves. Comment peut-on laisser des failles aussi criantes dans le système de sécurité d’une prison ? Cela soulève des questions essentielles sur la gestion des établissements pénitentiaires et la protection des individus qui y sont enfermés. La lutte pour la sécurité dans de tels environnements est un enjeu sociétal crucial qui mérite une attention accrue.





