Primary Trust est le nom de la banque où Kenneth, un homme de 38 ans discret et modeste, travaille comme caissier. C’est un nouvel emploi pour lui, et seulement sa deuxième expérience professionnelle. Dire qu’il sort de sa zone de confort est un euphémisme.
« Primary trust » pourrait aussi faire allusion, de manière indirecte, à un incident traumatisant qui a marqué l’ensemble de sa vie. À la suite de cet événement survenu pendant son enfance, il a décidé de se confier entièrement à un ami invisible, Bert. En réalité, Bert est le seul ami de Kenneth, qui ne croit pas en Dieu, mais affirme : « Je crois en mes amis. »
Dans la lumineuse production de la pièce “Primary Trust” d’Eboni Booth, lauréate du Prix Pulitzer 2024, présentée par TheatreWorks Silicon Valley, nous suivons l’évolution des circonstances qui entourent la vie étroite de Kenneth, alors qu’il la raconte à travers une série de fragments courts et tendus.
Ces fragments forment un portrait de vie qui pourrait évoquer celle de chacun d’entre nous ; il y a certainement un peu de Kenneth en chacun de nous.
Dès le début, un sentiment de présage se fait sentir lorsque le propriétaire bienveillant de la librairie où Kenneth a travaillé pendant 20 ans (l’excellent Dan Hiatt dans plusieurs rôles) annonce la fermeture de celle-ci. Kenneth, incarné par William Thomas Hodgson, d’un naturel doux et attachant, est abasourdi, mais trouve le courage de chercher un nouvel emploi.

Kenneth raconte comment lui et Bert, interprété par Kenny Scott avec une grande sensibilité et un sourire éclatant, fréquentent un tiki bar local, Wally’s, pour déguster des Mai Tais chaque nuit. C’est là qu’ils croisent plusieurs serveuses, toutes incarnées par Rolanda D. Bell, qui apporte une touche humoristique en se pavanant dans des chapeaux excentriques conçus par la costumière Becky Bodurtha.
Lorsque Kenneth commence son travail à la banque, il se retrouve confronté au monde réel, ce qui le pousse à sortir de sa zone de confort. Sa manière de gérer cette situation, ses luttes, ses douleurs, ses colères, ainsi que l’évolution de sa relation avec Bert et avec l’une des serveuses de Wally’s, sont à la fois comiques et poignantes.
Avec une durée de 90 minutes, “Primary Trust” se veut concis. La dramaturge Booth n’a pas ajouté un mot superflu. De la même manière, le metteur en scène Jeffrey Lo dirige avec une délicatesse incroyable, tandis que Hodgson construit son personnage avec une retenue touchante, allant jusqu’à nous faire hésiter à lâcher Kenneth, Bert ou même la serveuse empathique Corrina, à la fin de la pièce. Le directeur de la banque, également un personnage à part entière, est magistralement interprété par Hiatt.
La fin de la courte pièce de Booth pourrait avoir été influencée par “Notre Ville” de Thornton Wilder. Quelle beauté cela évoque !
Points importants à retenir
- Kenneth évolue d’une vie cloisonnée vers une réalité sociale complexe.
- Le lien avec Bert illustre la recherche d’amitié et de compréhension.
- Les interactions comiques avec les serveuses apportent une légèreté au récit.
- La mise en scène de Jeffrey Lo accentue la profondeur des émotions.
- La pièce aborde des thèmes universels tels que la solitude et l’espoir.
En somme, “Primary Trust” soulève des questions sur la nature de l’amitié et la capacité à évoluer face aux défis. Dans un monde où les liens humains se dessinent, je me demande si, comme Kenneth, nous ne portons pas tous en nous une part d’innocence et de fragilité. Quelles sont donc les histoires invisibles que nous cachons derrière nos sourires ?





