Programme de gouvernance concertée du Bénin : entretien avec Stévy Wallace

    stevy wallace benin

    Le Programme de gouvernance concertée du Bénin ou #PGCBénin,  vise à recueillir du 1er février au 5 mars 2016 sur www.pgcbenin.org , les attentes à l’endroit du prochain Président de la République qui sera élu à l’issue de l’élection présidentielle dont le scrutin se tiendra le 6 mars 2016,  ainsi que les contributions concrètes des citoyens béninois au développement du Bénin. L’objectif de cette initiative est de permettre à toute personne en général et à chaque citoyen béninois en particulier de contribuer au développement du Bénin à travers des propositions concrètes faites sur www.pgcbenin.org/questions. L’initiative peut également être suivie sur Facebook et Twitter

    Qui est Stevy Wallace ?

    Je suis un simple Citoyen du monde, un Béninois de la diaspora depuis 4 ans. J’ai été entrepreneur social et culturel, puis manager d’artistes jusqu’en 2013 avant de me reconvertir dans le domaine du digital. Je suis actuellement digital manager et responsable relations-clients dans une société de cloud computing basée à Paris.  Je suis également coordonnateur de la No Limit Generation (organisation communautaire pour une jeunesse africaine engagée)  et du Programme de gouvernance concertée du Bénin (#PGCBENIN).

    Pourquoi     l’initiative     #PGCBenin,     et     comment     est-elle     née  ?

    Le #PGCBénin est né de notre  volonté d’impliquer tous les Béninois (où qu’ils se trouvent) dans le processus de développement du Bénin et d’apporter en tant que citoyen notre contribution au Président qui sera élu très prochainement. Nous sommes partis du constat selon lequel de nombreux Béninois ne tiennent pas vraiment compte de leur statut de citoyen. Ils attendent encore énormément d’un État providence qu’ils idéalisent. L’État c’est vous, moi et tous les autres. Le président et son gouvernement seuls ne peuvent pas penser à tout. Ce sont là quelques raisons ayant motivé l’initiative #PGCBénin.

    Le   projet   est   porté   par   des   personnes   influentes   sur   la   toile, notamment Mylene Flicka d’Irawo, Maurice Thantan, Colombiano Lokossou, Roland Houngbadji, Farid Salami et toi-même. Cette notoriété a-t-elle été bénéfique au  projet ?

    Personnes influentes ou célèbres c’est peut-être trop dire, non ? Nous avons effectivement nos réseaux et chacun de nous a un certain impact dans sa E-communauté, mais je pense que cette « influence » des initiateurs du #PGCBénin est un couteau à double tranchant en ce sens que certaines personnes ont contribué au projet parce qu’elles l’ont jugé crédible à cause des initiateurs, et d’autres personnes n’y ont pas contribué parce que porté par nous (problème d’égo personnel ou de pseudo querelles qui n’ont rien à voir avec la cause commune qu’est le développement du Bénin). Il est impossible de faire l’unanimité, mais, globalement, notre image a plus servi que desservi le #PGCBénin.

    Près  de  500  personnes  ont  reçu  leur  badge,  êtes-vous  satisfaits  du taux de participation ?

    Oui, nous sommes pleinement satisfaits. Le nombre de badges générés est nettement en-dessous  du nombre réel   de participants. La génération de badge est facultative, certains participants  ont donc contribué sans générer  de badge. Plus de 500 personnes ont participé à une initiative de politique participative. Ce type d’initiative ne suscite généralement pas beaucoup d’intérêt au Bénin. Les participants sont issus de tous les secteurs du Bénin (banquiers, juristes, journalistes, ingénieurs civils, agriculteurs, enseignants, étudiants, artistes etc..), mais aussi des non Béninois. Nous sommes donc heureux et fiers de ce résultat.

    L’initiative n’a-t-elle été que virtuelle ?

    Oui, l’édition 2016 du #PGCBénin est essentiellement virtuelle pour plusieurs raisons. Il est plus simple de recueillir les contributions des uns et des autres sur une plateforme en ligne accessible à tous sur ordinateurs, téléphones mobiles et tablettes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, quelles que soient la position géographique et la nationalité des contributeurs.

    Nous n’avons pas voulu d’intermédiaire physique entre le contributeur et la plateforme sinon nous aurions prévu des enquêteurs sur le terrain pour collecter les contributions des analphabètes par exemple, pour les reporter dans la base de données du #PGCBénin. La dénaturation des propos est un risque que nous ne voulions pas courir, et la gestion des équipes sur le terrain aurait requis plus de ressources.

    Nous avons tout de même fait des T-shirts que nous avons portés pour relayer la campagne sur le terrain en dehors de la campagne sur Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat etc… Certains journalistes et professionnels des médias du Bénin et du continent nous ont également appuyés dans le domaine de la communication grâce à des articles et des émissions radios, notamment sur Radio France International.

    promo tshirt (2)

    Des  douzes  secteurs  indiqués  sur  la  plateforme  du  #PGCBénin,  quels sont  les trois  qui  ont  été  jugés  prioritaires  par  le  plus  grand  nombre  ?

    La campagne est toujours en cours, nous ne souhaitons pas donner d’indication sur les tendances des contributions pour ne pas influer les « inputs » des uns et des autres. Mais pour répondre à votre question, les trois secteurs jugés extrêmement prioritaires jusqu’ici par la plupart des contributeurs sont :

    • Emploi
    • Energie – Eau
    • Education – Instruction – Enseignement

    En  termes  de  développement  et  de  gouvernance,  quelles  sont  les principales attentes des participants ?

    Nous pensons qu’il est préférable d’attendre la fin de la campagne (05 mars 2016)  pour communiquer ces informations.

    Les réponses à la question sur les contributions personnelles au développement du Bénin ont-elles été satisfaisantes ?

    Oui, nous avons été heureux de constater que de nombreux contributeurs au #PGCBénin ont des contributions pertinentes, sectorielles ou globales selon le cas. C’est sur cette question que repose la valeur ajoutée de l’initiative. De nombreuses idées de développement sont donc disponibles et n’attendent que leur mise en œuvre pour le rayonnement de notre pays.

    Quelles est votre contribution à vous, Stévy, au développement du Bénin ?

    Personellement, je ne veux pas rester inactif, je fais de mon mieux pour contribuer à mon niveau au développement du pays. À travers la No Limit Generation créée en 2012 avec Jean Richard Blekes Nadohou, nous faisons des campagnes de don de sang, de collecte de vivres, des sensibilisations sur l’éveil et la conscience, sur la conduite en état d’ivresse, la corruption sur les lieux de spectacles etc… Nous promouvons également l’activisme et le leadership.

    J’organise depuis 2015 une rencontre annuelle autour d’une thématique du digital. La 1ere édition du Benin Digital Day a eu lieu en septembre 2015 autour du thème “Techniques de recherche, méthodes et outils de veille sur internet”. Cette année l’évènement qui se tiendra en été 2016 s’étendra sur toute une semaine, la Benin Digital Week. Elle rassemblera les acteurs du digital au Bénin pour de fructueux échanges autour d’une thématique précise.

    Je promeus également le Bénin à travers tous mes canaux de communication prioritairement dans les domaines du numérique, l’entreprenariat, la culture, le social et la musique.

    À  votre  avis,  quel  est  le  degré  d’intérêt  des  citoyens  béninois  pour les questions politiques et de gouvernance ? Sont-ils impliqués dans ces domaines ?

    Nous avons eu plus de 500 participations au #PGCBénin. Je n’ai pas les statistiques de participation pour les autres initiatives et campagnes similaires (la campagne #Jexige par exemple), mais si je me fie aux interactions sur les réseaux sociaux en cette période électorale, je peux dire que les Béninois sont très intéressés par  les  questions  politiques et de  gouvernance.

    Les  projets  de  société  des candidats sont analysés, des tweetchats avec les candidats sont initiés, une veille citoyenne est faite, des observateurs issus de la société civile sont sur le terrain, bref, il y a une forte mobilisation citoyenne sur les questions de politique et de gouvernance. C’est encourageant pour l’avancée du processus démocratique du pays.

    Vous vivez vous-même à Paris, quel est l’apport de la diaspora au développement politique, social et économique du Bénin ?

    Aujourd’hui plus que jamais la diaspora béninoise apporte sa valeur ajoutée au développement du Bénin sur tous les plans. Nous avons noté une forte participation de cette diaspora au #PGCBénin par exemple.

    Sur le plan   politique par exemple, vous n’êtes pas sans savoir que l’un des candidats aux élections présidentielles du Bénin vient de la diaspora. Sur le plan économique et culturel, je peux prendre l’exemple spécifique du « kluiklui d’agonli » qui est un délice du #229 (indicatif téléphonique du Bénin). Il est promu et transformé en snack par Régis Ezin qui, il y a encore  quelques  années, faisait partie de la diaspora. Il est retouné au Bénin pour entreprendre et construire le pays.

    Oladjidé Salako, Romarick Atoke, Vital Sounouvou, Ken Lohento, Retis Steffy, Tiburce Chaffa, Steev Hondjo, Sinatou Saka et bien d’autres encore sont de nombreux exemples de Béninois qui sont ou ont fait partie de la diaspora et qui s’investissent sur tous les plans pour le développement du pays.  C’est bien la preuve qu’on peut ne pas être au Bénin et contribuer pleinement au développement du pays. C’est notre devoir.

    Le  recueil  des  attentes  de  Béninois  se  termine  dans  peu  de  temps. Quelle est la prochaine étape, et quels seront les moyens  mis en œuvre pour  que  le  fruit  de  votre  travail  soit  présenté au futur  président ?

    Le #PGCBénin devait initialement se terminer le samedi 27 février, mais le calendrier électoral béninois ayant été  [pullquote]Lire aussi La jeunesse béninoise «EXIGE»[/pullquote]  modifié, nous avons décidé de repousser la date limite de participation au samedi 05 mars 2016 pour permettre à ceux qui n’ont pas pu participer de le faire jusqu’à la veille du premier tour du #vote229 (hashtag utilisé sur les réseaux sociaux pour parler de l’élection au Bénin).

    La prochaine étape pour nous sera de compiler toutes les contributions reçues, de les synthétiser et d’élaborer le rapport final à remettre au Président élu. Le travail de compilation se fera par un comité qui sera composé de membres du #PGCBénin, mais aussi de personnes ressources qui nous appuieront dans cette lourde mission.

    Une fois le rapport rédigé, nous utiliserons tous les moyens à notre disposition (mails, réseaux sociaux, courriers, relations personnelles…) pour contacter le président élu et lui remettre les contributions des participants au #PGCBénin.

    Nous ne nous arrêterons pas là. Nous ferons un suivi de l’action gouvernementale et nous utiliserons la plateforme pour recueillir les avis du monde entier sur la gestion du Bénin. Nous ferons des sondages et servirons d’intermédiaire entre les citoyens et le gouvernement afin que le www.pgcbenin.org soit réellement une plateforme de gouvernance concertée.

    Une   initiative   similaire   à   la   vôtre   existe   au   Bénin,   elle   est pilotée   par   la Coalition nationale   des   organisations   de   société   civile   de jeunesse  du  Bénin ou CNOSCJ Bénin (consulter l’article sur cette initiative ici).  A travers  la  campagne  #Jexige,  elle  a  compilé  les attentes de la jeunesse béninoise dans le but de rédiger un document de plaidoyer qui sera présenté au prochain gouvernement. Envisagez-vous une collaboration   avec   des   initiatives   de   ce   type étant   donné   que   vous partagez le même objectif ?

    Bien sûr que oui, d’ailleurs, certains membres du comité du #PGCBénin ont collaboré avec l’équipe de la campagne #Jexige. Elle est plus centrée sur les attentes et préoccupations des jeunes béninois, tandis que le #PGCBénin , en plus de recueillir les attentes des Béninois et de tous les « béninophiles » du monde, recueille aussi des propositions pour la matérialisation de ces attentes. Ces deux campagnes sont donc complémentaires et ne sont nullement en   compétition ou en rivalité. La priorité est le développement du Bénin.

    Nous avons d’ailleurs promu via notre compte twitter les autres initiatives citoyennes participatives du même type.

    Un mot pour la fin ?

     Merci à Elle Citoyenne pour cette interview et le travail fort appréciable que vous faites sur le blog.

    Merci  à tous ceux qui ont rendu le #PGCBénin possible grâce à leur soutien, leur contribution, leur participation, leurs remarques, critiques et suggestions.

    Merci à tous les non Béninois qui ont participé au #PGCBénin, c’est une preuve de solidarité au-delà des frontières et du fait que le développement nous concerne tous.

    Pour finir, je voudrais dire qu’il faut que chaque citoyen se sente concerné par les enjeux de développement, et que l’inaction doit cesser afin que nous impactions chacun à notre niveau nos communautés respectives.

    Enfants du Bénin debout pour que vive le Bénin et pour que vive l’Afrique.


    pgcbeninJ’ai participé au #PGCBénin, et mon badge le prouve. Je vous invite à y participer vous aussi, pour le développement du Bénin.

    • Elle Citoyenne
      Elle Citoyenne

      Citizen Media

      Elle Citoyenne is a bilingual (Fre-Eng) citizen media aiming at educating people on all things pertaining to citizen participation, giving the floor to citizens for them to voice out thoughts and propose solutions to problems experienced by their communities, and promoting citizens' actions for the welfare of their communities.

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