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Photo : Intelsat

Très soucieuse de l’évolution de l’Afrique, la Banque mondiale a lancé une nouvelle édition de son concours Blog4Dev. Comme chaque année depuis 2014, il est question pour de jeunes blogueurs ou aspirants blogueurs africains de proposer en 500 mots une solution à un problème africain. La question soulevée en 2018 est la suivante : quelles solutions pour transmettre de meilleures compétences aux jeunes africains afin de les aider à se préparer à l’économie numérique et aux emplois de demain ?

L’information a circulé sur les réseaux sociaux, et beaucoup de blogueurs ont été mentionnés afin qu’ils apportent leur contribution à la réflexion collective. Bien que l’idée soit noble, elle perpétue un phénomène dont les conséquences semblent peu visibles pour la majorité : une africanisation des problèmes qui empêche une réflexion structurée pour une véritable sortie des différentes crises connues à travers le continent. Pas par le continent, mais à travers le continent. La précision en vaut la peine.

De nombreuses sources s’accordent à dire que le cas de l’Afrique est désespéré. C’est la raison pour laquelle des centaines de conférences sont organisées et des milliers de rapports sont produits chaque année autour de questions commençant par “Comment sortir l’Afrique de…” ou “Quelle stratégie pour une Afrique…” La non résolution des problèmes abordés témoigne de l’inutilité de la méthode, ce qui ne semble pas sauter aux yeux de tous. 

Revenons à la question de Blog4Dev. « Quelles solutions pour transmettre de meilleures compétences (meilleures par rapport à quoi ?)  aux jeunes (quelle est la tranche d’âge ?) africains (d’où ? Ont-ils tous les mêmes besoins ?) afin de les aider à se préparer à l’économie numérique (est-elle d’actualité chez eux ?) et aux emplois de demain (lesquels ?) ? » Presque toutes les questions qui portent sur l’Afrique souffrent du même mal : elles sont vagues. Ce qui n’est que normal, car comment être spécifique lorsqu’on veut aborder 54 problèmes en même temps ? A question vague, réponse vague. C’est pourquoi des réponses abstraites sont obtenues lorsqu’il est demandé aux Africains comment ils voient l’Afrique de demain. La réponse générique pourrait être la suivante : « Je veux une Afrique en paix, prospère et unie. »

L’Afrique n’est pas un pays. Cette déclaration semble n’avoir sa place que lorsque qu’un Américain, un Européen ou un membre de la diaspora dit aller en « Afrique » pour les vacances ou « retourner en Afrique » pour nous sortir de la caverne. Pourtant elle devrait s’appliquer à toute réflexion portant de près ou de loin sur tout élément africain, qu’il s’agisse de pays, de peuples ou de personnes. L’Afrique en tant que continent est uni. Il serait difficile de détacher le Cameroun du Tchad ou la Gambie du Sénégal. L’Afrique est en paix. Les troubles ont lieu de manière isolée, dans les pays, pas sur l’entièreté du continent. L’Afrique est prospère. Son sol reste généralement vert et son sous-sol riche. La prospérité de l’Ile Maurice ne saurait souffrir de la faible performance de la Centrafrique. Le cas de l’Afrique est différent de celui des États-Unis ou les États sont, comme son nom l’indique, unis et considérés comme un ensemble.

La réflexion sur l’Afrique comme un tout empêche de réfléchir au niveau des pays et donc de résoudre effectivement les problèmes. Malheureusement, c’est cette réflexion qui est encouragée. Des initiatives sortent heureusement  du lot. Durant les mois d’août et de septembre dernier, par le biais de son organe African Government Architecture ou AGA, l’Union Africaine a organisé une série de conférences régionales afin que de jeunes activistes de tous les pays d’Afrique selon leur région partagent entre autres leur expérience dans la lutte contre la corruption. Il était question de ressortir les particularités de la corruption et la lutte contre la corruption dans chaque pays, puis chaque région, et de proposer des solutions concrètes selon les différents paysages.

J’y ai par exemple appris que dans l’un des 54 pays, il est culturellement considéré comme méprisant de refuser de l’argent ou un cadeau lorsqu’un service vous est demandé. Ces « cadeaux » proposés d’entrée de jeu par le demandeur sont offerts en signe d’appréciation, même dans les administrations publiques. La corruption dans ce cas où le caractère criminel est questionnable ne peut être traitée comme au Cameroun ou au Nigeria où elle gangrène les différents systèmes pour des raisons autres que culturelles.

La réflexion promue n’est pas d’actualité. Elle est inutile. Chaque pays devrait se concentrer sur la résolution des problèmes qu’il rencontre, et toute entité apportant son aide devrait la localiser si nous voulons vraiment avancer. Blog4Dev aurait été plus utile s’il avait été demandé à chaque potentiel participant de réfléchir sur le système de formation de son pays afin de l’adapter, si besoin est, à l’économie numérique. Si besoin est car bien que le numérique semble être la nouvelle manne, nombre de nos pays ne sont pas encore à ce niveau. Les formations numériques offertes le seraient à des gens qui ne pourraient rien en faire dans leur environnement. 

L’Afrique ne peut être considérée comme un tout. Le Panafricanisme est encore loin, et j’abonde dans le sens d’Aaron Akinocho lorsqu’il affirme que le panafricanisme sera économique ou ne sera pas. Tout le reste n’est que poudre aux yeux et obstacle à une réflexion vraiment utile pour un changement en profondeur.

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  • Befoune

    Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

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