Plan triennal spécial jeunes au Cameroun : bilan peu reluisant un an après

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9 minutes

Photo : Les Eco

Le 10 février 2016, lors de son adresse à la jeunesse, le Président de la République du Cameroun, Son Excellence Paul Biya, a annoncé la mise sur pied d’un plan triennal spécial jeunes (PTS-Jeunes) visant à « faciliter et accélérer l’insertion socio-économique des jeunes ». Doté d’une enveloppe globale de 102 milliards, le programme, dont l’exécution a été confiée au Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) a été officiellement lancé le 11 janvier 2017, au palais des sports de Yaoundé. Un an plus tard, quelles sont les avancées dans l’exécution de cette initiative ?

3 ans et 102 milliards pour « insérer » les jeunes

Les objectifs du PTS-Jeunes sont nobles, louables. Les jeunes Camerounais rencontrent en effet de nombreux problèmes quand il s’agit de s’insérer dans la vie socio-économique du fait du système éducatif qui ne les prépare pas vraiment à intégrer le monde du travail et à y être compétitifs. La conséquence, c’est que les jeunes Camerounais – faute de pouvoir intégrer les grandes écoles de formation extrêmement sollicitées (leur admission y est donc très improbable) – se retrouvent obligés de se lancer dans les petits métiers (le taux de sous-emploi est de 81% selon l’annuaire statistique du MINJEC publié en 2015).

Une initiative qui vise à faciliter l’insertion des jeunes dans la vie socio-économique est donc à applaudir. Restait à savoir quand le PTS-Jeunes serait effectivement déployé, comment il serait implémenté et qui seraient les bénéficiaires de cet encadrement. Questions difficiles, pour qui connait le Cameroun et ses lenteurs administratives…

Le 11 janvier 2017, c’est-à-dire un an après l’annonce faite par le Président de la république, le PTS-Jeunes est finalement lancé par le Ministre de la jeunesse et de l’éducation civique. Lors d’une grande cérémonie, le ministre rappelle les 4 secteurs prioritaires, porteurs de croissance économique durable, sur lesquels le programme pourra s’encrer : l’agriculture, l’économie, l’industrie et l’innovation technique.

Il s’agit donc d’encadrer les jeunes, de leur donner une formation civique et entrepreneuriale, et de les outiller pour qu’ils puissent créer de l’emploi ou alors acquérir les compétences nécessaires pour trouver des emplois décents.

38 bénéficiaires pour la première année

Le lancement du plan triennal spécial jeunes s’est accompagné d’une dotation en matériel et en ressources financières d’un montant avoisinant les 450 millions FCFA. Le plan ne compte que 37 projets pour un montant exact de 415 023 281 FCFA , il concerne 38 jeunes sélectionnés dans 10 régions qui sont les premiers bénéficiaires du programme (la liste des bénéficiaires disponible sur internet).

C’est la seule information accessible concernant les bénéficiaires du projet. Il y a un gros problème de communication autour des actions entreprises par le gouvernement en faveur de la jeunesse, cela a même été souligné par le  Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) dans son discours lors de la cérémonie de lancement du programme qui constatait que « de manière générale, les politiques développées par le Gouvernement et les actions menées à ce jour en faveur de la jeunesse restent peu visibles et lisibles en l’absence d’un mécanisme de cohérence et de coordination. De plus, elles sont peu connues par les jeunes, qui en sont pourtant les principaux bénéficiaires ». Que penser devant cette absence d’information au sujet de ce programme ? A ce jour, le problème de communication n’a pas été résolu… à moins que la raison soit qu’il n’y ait eu aucun autre bénéficiaire, ni aucune autre action menée dans le cadre de ce programme au cours de l’année qui vient de s’achever.

De même, il est impossible d’avoir des informations au sujet de la formation et/ou de l’encadrement des premiers bénéficiaires dans la réalisation de leurs projets, ce qui rend difficile l’évaluation de l’atteinte des objectifs de ce programme sur lequel bon nombre de jeunes avaient fondé leurs espoirs. Le site du MINJEC, qui a pourtant tout un menu dédié au PTS-Jeunes, est chiche en informations à ce propos.

L’inexistant Observatoire National de la Jeunesse (ONJ)

Pour son déploiement, le PTS-Jeunes s’articule autour de 3 axes, dont le premier est la mise en place de Observatoire National de la Jeunesse (ONJ), décrite par le Ministre comme une « structure d’écoute, de veille, d’orientation et de prospective de proximité couvrant l’ensemble du territoire et devant servir d’intermédiation entre la demande des jeunes et l’offre des services en leur faveur, sur la base d’une cartographie de leurs aspirations réelles et l’inventaire des projets gouvernementaux et non gouvernementaux à eux dédiés ».

En un mot, l’ONJ ser(virai)t d’intermédiaire entre les jeunes et les structures gouvernementales. C’est une plateforme d’information qui rapproche les jeunes des opportunités offertes par le gouvernement en même temps qu’elle informe le gouvernement sur les aspirations, les besoins réels de la jeunesse. Une aubaine donc pour les 225.000 jeunes déjà inscrits.

Dans la pratique, l’ONJ est matérialisé par un site internet disponible à l’adresse onjcameroun.cm. Le site étant malheureusement inaccessible depuis plusieurs jours (semaines ? mois ?) pour des raisons techniques, il n’est pas possible d’avoir la liste des Centres Multifonctionnels de Promotion des Jeunes (CMPJ) déjà fonctionnels sur les 434 prévus, ni le nombre de jeunes déjà inscrits, ou encore toute autre information qui permettrait de dresser un bilan plus objectif du programme. Même la page facebook de l’observatoire est désespérément vide, ne contenant à ce jour aucune publication !

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Le Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC) avec quelques bénéficiaires lors du lancement du PTS-Jeunes.

D’après Pierre Mveme Atangana, le Coordonnateur de l’ONJ, l’objectif de l’observatoire est d’avoir 1 500 000 jeunes inscrits sur la plateforme d’ici 2019, à raison de 500 000 par an. Étonnant quand on sait que la population jeune (15 à 35 ans) était estimée à 7 876 542 en 2015. Sachant que le taux de sous-emploi est de 81%, on peut conclure que près de 6 380 000 jeunes ont besoin d’assistance. Autant dire que, même si les objectifs du PTS-Jeunes étaient atteints, le problème de l’emploi jeune serait réglé à seulement 30% environ (ce qui est déjà bien).

Pour l’année 2017, les objectifs de l’ONJ étaient les suivants :

– Référencer 2 000 jeunes de la diaspora au Programme d’Aide au Retour et à l’Installation des jeunes de la Diaspora (PARIJEDI);

– Faciliter le réarmement moral de 500 000 jeunes ;

– Référencer 18 000 jeunes au Programme d’Appui à la Jeunesse Rurale et Urbaine (PAJER-U) ;

– Délivrer 500 000 cartes jeunes aux cibles mobilisées ;

– Assurer le financement de 4 000 jeunes à travers le Fonds National d’Insertion Jeunes (FONIJ) ;

– Assurer l’installation de 250 jeunes incubés dans les CMPJ ;

A l’heure actuelle, le bilan disponible est le suivant : 225 000 jeunes inscrits à l’ONJ (soit 45% du nombre prévu), 4 500 jeunes orientés vers divers programmes et projets dans diverses structures (soit 2% des inscrits et 22,5% du nombre prévu), et 38 projets financés (soit 0,017% des inscrits et 0,95% du nombre prévu). Peu reluisant, en somme.

En attendant le 11 janvier 2019

Alors que le PTS-Jeunes entame sa deuxième année avec un bilan presque nul, nous nous permettons d’espérer que d’ici le 11 janvier 2019, quand viendra l’heure d’évaluer les actions menées en 2018, on pourra aisément citer quelques formations organisées à l’intention des jeunes. Nous espérons qu’il sera possible de répertorier et d’évaluer l’impact économique et social de toutes les entreprises créées avec l’appui du programme. Nous espérons qu’au moins 1 million de jeunes auront été effectivement formés et insérés dans le monde du travail « afin de donner à l’illustre prescripteur du Plan Triennal Spécial-jeunes, une réponse satisfaisante », pour citer le MINJEC.

  • Fotso Fonkam

    Fotso Fonkam est Camerounais. Il est blogueur et enseignant, passionné par tout ce qui a trait à l éducation et au développement social.

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