#OrangeIsTheNewMafia : 4 questions à Florian Ngimbis

6 minutes approx.

1-  Orange fait des magouilles depuis longtemps, qu’est ce qui t’a poussé à te révolter maintenant ?

Je n’appellerai pas cela magouilles, je n’en ai pas la preuve, disons plutôt que le service a toujours été relativement mauvais, mais pire, la gestion de la relation client est calamiteuse. Orange a une gestion assez étrange des soucis liés à sa fourniture de service. Généralement, c’est le client qui est pointé comme responsable d’une mauvaise manipulation de son téléphone, d’une mauvaise compréhension du mode de fonctionnement du service, d’inattention, etc. Cette gestion par le stress a fait que beaucoup d’abonnés ont perdu l’habitude de se plaindre, les réponses à des problèmes qu’on sait aujourd’hui systémiques étant les mêmes.

La dernière création d’Orange a néanmoins fait sursauter plus d’un. Lorsque vous effectuez une recharge de crédit chez l’opérateur, tout ou partie de votre crédit téléphonique est affecté vers une réserve à laquelle l’abonné n’a pas souscrit. Aucune étape de validation, rien. Cela veut dire que vous rechargez 1 000 FCFA en crédit voix, tout ou partie de cet argent est converti en crédit data par exemple, sans votre consentement. Vous ne pouvez pas appeler, vous vous retrouvez avec du crédit internet à la place du crédit d’appel voix que vous sollicitiez. La formule correspond à un dispositif censé compenser une avance sur crédit data que l’opérateur récupère pour ainsi dire lors de la recharge suivante. Mais le problème sous-jacent est le basculement sur la tarification directe lors de l’épuisement d’un forfait data.

Pour avoir été victime plusieurs fois de suite en l’espace de quelques jours de cette disposition aberrante, je me suis plaint chez une connaissance dans la structure qui m’a orienté vers une manipulation complexe qui m’a restitué mon crédit (que je ne leur ai jamais cédé). Mais cette intrusion manifeste dans la définition de l’orientation que j’attribue à mon argent m’a laissé un goût amer. Comme on dit, ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase plein de frustration et de rancœur.

 

2- Tu as fédéré les membres de la “Twittosphère 237” et vous avez tous ensemble décidé d’un hashtag. Ou en est la pétition ?

La pétition est en ligne. Nous avons besoin de rallier le maximum de personnes autour de cette situation d’injustice et de manque de respect de nos droits. Nous collectons aussi des pétitions sur le terrain. Les canaux entre réseaux sociaux et vie réelle ne sont pas encore débouchés sous nos latitudes. Certaines causes restent sur les réseau sociaux, considérés comme élitistes, une histoire de bobos gauchistes et de facto, prennent la même connotation. Mais ici, on parle d’un problème qui concerne des millions de camerounais, indépendamment de clivages ethniques, politiques, tribaux etc. La mafia est comme la pluie, autant cette dernière ne choisit pas les toits sur lesquels elle tombe, autant la première nuit à tout le monde, indépendamment des critères cités plus haut.

La pétition a pour but de médiatiser et de matérialiser cette situation. Rien qu’en suivant le hashtag #OrangeIsTheNewMafia sur Twitter ou Facebook, on constate le nombre aberrant de gens qui se plaignent de cette disposition.

 

3- Quelles sont les réclamations, qu’exigez-vous concrètement d’Orange ?

Nous réclamons qu’Orange retire sans condition sa formule de « réserve de crédit ». Nous exigeons que la société notifie ce retrait à ses abonnés par voie de communiqué.

On nous fait le reproche de ne pas changer d’opérateur et de focaliser sur Orange. Si je devais changer d’épicier chaque fois que le mien n’est pas à la hauteur… Nous sommes des consommateurs, nous avons des droits et avant d’aller voir ailleurs, il est de notre devoir d’exiger de notre opérateur de les respecter.

On me demande pourquoi le focus sur Orange. Je ne suis pas abonné MTN ou Nexttel, il ne serait pas honnête d’embrasser des combats contre des gens qui ne m’ont jamais porté des coups. Au lieu de fustiger les combats des autres, certains de mes concitoyens devraient apprendre à prendre les leurs à bras le corps, et si la prise de conscience citoyenne ne les intéresse pas, qu’ils continuent à manger leur couscous en espérant que Dieu vienne les sauver. Je n’ai qu’une vie et je ne compte pas la vivre par procuration.

 

4- Jusqu’ici, quelle a été la réaction d’Orange ?

La société n’a presque pas eu de réaction officielle. Son compte officiel via un tweet (supprimé dans la minute suivante) rédigé dans une langue douteuse de me rappeler que je dénigrais une marque déposée tout en me substituant à un syndicat des consommateurs.  La revendication a été personnalisée par la société dont certains membres prétendent que je serais un agitateur professionnel tantôt payé par la concurrence, tantôt porteur d’un « agenda caché » -mais retrouvé par leurs limiers- destiné à nuire à leur organisation. J’ignorais qu’on pouvait être complotiste à ce niveau. C’est lâche et c’est bas car #OrangeIsTheNewMafia n’est pas l’affaire de Ngimbis, j’ai juste prêté ma notoriété à une cause que j’estime juste. Et le temps qu’ils perdent à démontrer que je suis un agent d’une entité maléfique, s’ils l’avaient mis à contribution pour vérifier tous les problèmes liés à cette réserve, ils se seraient rendus compte de l’ampleur du problème.

Par ailleurs, la campagne en cours a été violement attaquée sur les réseaux sociaux par des membres du personnel et des comptes fake destinés au blanchiment numérique de cette société. Des pratiques d’une bassesse navrante qui nous ont conforté dans l’idée que notre action était juste et nécessaire.

Néanmoins certains twittos ont révélé avoir été approchés par le service client de Orange Cameroun. Comme d’habitude, un déni de la problématique générale pour préférer un musellement par la gestion au cas par cas de ceux qui hurlent leur colère. Des méthodes qui nous rappellent quelque chose…

Après les pétitions, nous comptons adresser une requête formelle et officielle au top mangement de l’entreprise pour le retrait de la formule décriée, si pas de réaction, nous saisirons le régulateur, l’ART et si toujours rien, nous lancerons des campagnes de boycott tous azimuts de cet opérateur sur l’ensemble du territoire.

Ils jouent la montre, nous avons le temps. Une montre se détraque, mais on n’arrête pas le temps.

 

La pétition reste ouverte. Si vous êtes victimes vous aussi des abus d’Orange Cameroun, n’hésitez pas à la signer. Si vous êtes victimes d’un quelconque autre abus, n’hésitez pas  à lancer vous aussi une pétition sur We Sign It ou Change.org pour rallier les gens à votre cause pour un changement effectif. 
  • Elle Citoyenne

    Elle Citoyenne est un média citoyen bilingue (Fr-An) qui a pour mission d éduquer sur les questions de participation citoyenne, de porter la voix des citoyens d Afrique et d ailleurs qui dénoncent des situations sociales ou politiques et proposent des solutions, et enfin de mettre en lumière des initiatives de citoyens pour le bien-être de leur communauté.

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