moyen de transport commun cameroun

    Les taxis : ce moyen de transport peu commun au Cameroun

    Tu payes combien ?

    Mets dedans !

    Tu ne vois pas que le derrière est déjà plein ? Tu es trop costaud, tu vas remplir le devant. Serre derrière !

    Extrait d’une scène usuelle dans nos contrées. Ceux qui vivent au Cameroun auront très certainement reconnu certaines des répliques préférées de nos chers chauffeurs de taxi.

    Le taxi. La voiture jaune. Le taco. C’est toute une histoire chez nous.

    Il n’y a pas si longtemps, le taxi était le moyen de transport en commun le plus emprunté au Cameroun. Malgré son détrônement de la première place suite à l’arrivée fracassante des motos-taxis il y’a un peu plus d’une décennie, la voiture jaune reste chère aux Camerounais. Tout un microcosme s’est développé autour d’elle avec le temps : un vocabulaire consacré, des blagues qui lui sont propres (demandez à Ndem du Takesh), une nouvelle unité de mesure de distance (j’habite à “deux taxis” de chez toi), etc.

    Les taxis et les taximen (ou chauffeurs de taxi) sont donc, vous l’aurez compris, une composante très importante de la vie dans notre pays. Avec leurs avantages, mais aussi leurs tares qui, nous devons le reconnaître, sont nombreuses. Si grâce – ou à cause – du je m’en-foutisme qui nous caractérise la plupart des usagers s’y sont habitués, moi je m’interroge. Moi je suis inquiet. Jusqu’où irons-nous ?

    L’état des voitures

    Vous avez remarqué qu’un taxi en bon état fait figure d’exception chez nous ? Les voitures utilisées sont des carcasses à peine capables de rouler, des carrosseries dignes d’un atelier de ferrailleur. Tranches de vie : il arrive parfois d’être en voiture et d’avoir miraculeusement les pieds sur le bitume à cause d’un trou dans le plancher de l’auto.

    Les vitres bloquées. Toute une histoire. S’il pleut et qu’elles ne montent pas, vous avez droit à une douche gratuite. S’il fait trop chaud et qu’elles ne descendent pas, tant pis. Sauna gratuit. Et qui n’a jamais eu droit au fameux « ouvre par dehors », alors qu’il essayait naïvement d’ouvrir la portière d’un taxi de l’intérieur ? Les usagers les plus aguerris reconnaissent du premier coup d’œil les portières qui ne s’ouvrent pas de l’intérieur. Je ne parlerai pas de celles qui ne s’ouvrent que de l’intérieur…

    Je ne parlerai pas non plus du fait que les taxis semblent être de plus en plus petits. Bizarre, pour des voitures de transport en commun censées transporter un maximum de personnes. Les gens de grande taille qui ont dû ajouter le contorsionnisme à leurs talents peuvent témoigner du fait que le confort du client n’est pas une priorité.

    La saleté

    Il vous est surement arrivé d’entrer dans un taxi et de vous pincer précipitamment le nez, assailli par une odeur nauséabonde, ou de sursauter de dégout, parce le siège sur lequel vous venez de vous asseoir est mouillé et vous n’avez aucune idée de l’origine du liquide coupable. On n’est à l’abri de rien en matière de saleté dans un taxi : différents emballages et sachets jetés un peu partout par les clients (actuels et/ou précédents), miettes de pain, déchets d’arachides, épluchures d’orange… sans parler de l’hygiène corporelle des chauffeurs de taxi !

    La promiscuité

    Je me suis toujours demandé à quel moment il a été décidé que le bâchage (comprenez la surcharge) serait normal. Il est aujourd’hui admis et pratiqué par tous les taximen, et presque tous les clients. Alors que les voitures utilisées sont normalement prévues pour 4 places sans compter le chauffeur, on s’y retrouve souvent entassés à cinq, voire six lorsqu’on se rend dans des zones enclavées. 

    La situation devient encore plus désagréable (oui, c’est possible !) lorsque les compagnons de trajet portent des fragrances fortes, fument, ou discutent en criant soit au téléphone, soit entre eux. Suis-je le seul à trouver gênant le fait que certains essayent de forcer les autres passagers à avoir un avis sur les sujets débattus ? Et ceux qui, pour combler leur ennui durant le trajet, lorgnent sans vergogne votre téléphone et lisent vos messages avec vous ?

    Les nuisances

    Elles peuvent être sonores, comportementales ou verbales. Nous partons ici du principe selon lequel le client n’est pas roi dans le taxi. “Ce n’est pas la voiture de ton père ». Le taximan aux commandes fait tout ce qui lui chante. Il peut par exemple écouter la radio à fond. Il consentira peut-être à réduire le volume si vous lui demandez poliment. Dans le cas contraire, priez pour ne pas tomber sur un taximan fou de coupé décalé. Les injures, les jurons, les conversations inappropriées pour certains publics, le tabagisme… Il faudrait un roman pour une liste complète.

    J’ai parfois l’impression d’être le seul à trouver tout ceci anormal. La plupart des usagers semblent parfaitement à l’aise. L’absence de ceinture de sécurité ne gêne personne. Les clients montent joyeusement dans les taxis avec leurs enfants et ne pipent mot quand le taximan et ses clients débattent de leurs ajouts personnels au kamasutra. Ils rejoignent même parfois la conversation. « Tu veux qu’on ne prenne plus les taxis ? On va à pieds ? On va faire comment ? ». Le bon vieux défaitisme 237. Pourtant cette question formulée sur le ton du reproche se pose effectivement. Comment combattre cette passivité ? Quelle est la solution et à qui revient-il de l’appliquer?

    Comme d’habitude, lorsque les citoyens se retrouvent confrontés à un problème, tous les yeux se tournent, pleins d’espoir, vers les pouvoirs publics… qui s’activent, quoi que nous puissions penser. La question des taxis est au centre des débats : les arrêtés ne cessent de pleuvoir depuis mai dernier. La Délégation régionale des Transports de la région du Centre par exemple a publié un communiqué dans lequel il est ordonné aux taximen, entre autres, de réparer ou de changer les pièces de carrosserie défectueuse, d’améliorer l’habitacle de leur véhicule et d’être regardant en matière de propreté du véhicule et du conducteur.

    Les mesures prises

    Le ministre des Transports a récemment mis à la disposition des usagers un numéro vert (8204) pour signaler tous les comportements délictueux sur la route, notamment les dépassements dangereux, la surcharge de passagers, les mauvais stationnement ou encore l’utilisation des téléphones portables au volant. Ces directives s’appliquent aussi bien aux taximen qu’aux particuliers.

    Les mesures sont bonnes, mais je doute de leur application. La surcharge a toujours été illégale, mais tous les taximen la pratiquent sans gêne. Pourquoi et comment un énième arrêté changerait subitement les choses alors que nous connaissons tous les limites des forces répressives ? Un billet de kolo (1000 FCFA) et tout est pardonné.

    Le numéro vert du Ministère des Transports, dont l’objectif est la dénonciation du citoyen par le citoyen risque de ne pas être très utilisé. Pourquoi les citoyens dénonceraient quelque chose qu’ils trouvent tout à fait normal ? Comment dénoncer et sanctionner une norme ?

    Beaucoup ont pensé que l’absence de concurrence était à l’origine du désordre connu dans le milieu des taxis. L’arrivé des motos-taxis n’a pourtant rien changé et, durant leur brève durée de vie, les bus nous ont fait subir le même calvaire. La cause de tout ceci est la même quel que soit le cas : les usagers. Ils trouvent tout normal, même l’augmentation du tarif du taxi qui n’est pas accompagné d’une augmentation de la qualité des services proposés.

    Les taximen font leur travail, et essayent de gagner autant d’argent que possible, souvent au détriment des clients. Attitude pas très louable, mais reconnaissons-le, compréhensible. Mais d’où vient-il que les usagers se laissent faire ? Et si nous décidions tous de faire nous aussi une grève, de ne plus monter dans les voitures dont les carrosseries tiennent à peine et de ne plus bâcher car le frein à main n’est pas un siège ? Que se passerait-il si nous descendions systématiquement des taxis à l’habitacle sale ? Et si, tout simplement, nous exigions ce qu’il y’a de mieux pour nous ?

    Photo : Gustavo Belemmi/VisualHunt

    • Cedric Obounou

      Cédric est un étudiant en journalisme originaire du Cameroun.

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    • Ti Aya

      Je vais faire le choix exprès dans mon commentaire d’aller un peu à contre courant de l’article, voire du commentaire précédent.

      D’abord concernant les usagers, la majorité de ceux qui bachent n’ont simplement pas le choix. Il suffit par exemple d’aller au centre de Yaoundé aux heures de pointe, pour voir des gens qui après une longue journée de travail, doivent encore rester debout des heures au bord de la route pour attendre un taxi. Là, lorsqu’enfin se présente un qui va dans la bonne direction, il n’est pas surprenant que des gens se battent même pour bacher. Il faut donc faire la nuance entre ceux qui bachent par habitude, et ceux qui le font par contrainte.

      Ensuite, je pense qu’il faut tout de même rendre cet hommage aux taximen en général, parce qu’ils rendent un service d’utilité publique. Depuis la fermeture de la SOTUC, et les échecs des sociétés de transport public lancées après, ils sont un maillon essentiel du fonctionnement de nos villes, parce que le transport des biens et des personnes est un besoin qu’il faut satisfaire en permanence.

      Il faut aussi dire qu’il y’a beaucoup de taximen très sympathiques, il y’en a beaucoup qui bichonnent leur taxi, et il y’en a aussi qui refusent de bacher.
      Il m’est arrivé perso d’en prendre un pour une course plutôt longue, et j’ai eu l’impression qu’il a accepté plus pour le plaisir d’avoir de la compagnie que pour le prix de la course. D’ailleurs pour savoir tout ce qui se passe à Yaoundé, il suffit de faire quelques tours en taxi, et laisser parler les chauffeurs.

      Pour terminer, dans “Les Bimanes”, l’écrivain camerounais Séverin Cécile Abega donne quand même un beau rôle au taximan, dans la nouvelle “Une petite vendeuse de beignets”.

    • Elle Citoyenne
      Elle

      Les choses changent petit à petit et des moyens d’amélioration de la qualité des services offerts par les taxis sont mis en oeuvre. L’application Vairified (qui a bien évolué depuis que j’en ai parlé ici http://ellecitoyenne.com/2016/04/04/vairified-cameroun/) a créé il y a quelque temps le concept Taxis Vairified qui permet aux usagers d’utiliser des taxis en bon état et en toute sécurité. Le prix n’est certes pas le prix standard, mais je pense que ça vaut le coup d’essayer.

    • Anna S. Kedi

      Hum. Article bien écrit mais qui toutefois fait un peu dans l’excès. Je ne dirais pas que les taxis qu’il décrit n’existent pas, mais je trouve que systématiser (surtout l’aspect sur l’hygiène) en vient à porter atteinte à toute une profession où des gens se battent. L’un des points clefs qu’il aurait dû mentionner selon moi est bien l’incivisme au volant, avec la prise de risque pour la vie des passagers qui est par contre majoritaire chez l’ensemble des taximan.
      Le point clef sur lequel je suis d’accord et qui je devrais dire s’applique à lui-même dans le choix des taxis qu’il prend, est bien celui des USAGERS. Cela revient à la notion de civisme et de citoyenneté que tu veux voir émergr au travers de ta plate-forme. Pour ne parler que de moi, depuis mon retour au Cameroun il y a bientôt sept ans, dont six à fréquenter les taxis, je ne suis pas certaine d’avoir bâchée plus de cinq fois. C’est quelque chose que je m’interdis par civisme. Je trouve cette pratique inadmissible et je préfère me ramasser les insultes des taxis et des passagers plutôt que d’y céder. Les camerounais très souvent ne connaissent pas leurs droits et ne connaissent pas le droit tout simplement, qu’il s’agisse du code de la route, des infractions à respecter ou non, chacun fait comme il peut, comme il veut et renvoie tout sur la tête du gouvernement (un nom si commum et banal). Si les usagers étaient effectivement plus exigeants envers les taxis, la situation serait différente, mais bien sûr, on te dira que c’est un luxe que beaucoup ne peuvent s’offrir. Vive donc le désordre urbain, vive la corruption, vive mon pays.

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