Cameroun : entre dictature et griotisme, avis de citoyens

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Photo :  Afrique Connection

Il y a quelque temps, une contribution de Befoune intitulée « Entre dictature et griotisme au Cameroun » a été publiée sur EC. La question de fond était de savoir si le Cameroun est réellement sous un régime dictatorial étant donné les nombreuses supplications/exigences et pétitions pour la présentation du candidat naturel du parti au pouvoir à l’élection présidentielle prévue pour septembre-octobre 2018, ainsi que les acclamations et les louanges chantées pour le Président.

Deux citoyens camerounais ont partagé leur avis en commentaire sous l’article, Anne Kedi Siade et Mbounja Serge. Ces avis qui peuvent être considérés comme des suites à l’article publié méritent d’être partagés.

 

Selon Anne Kedi…

Je dirai que le griotisme est une caractéristique voire même un outil de la vie en dictature. Au Cameroun notamment, ce fait est d’autant plus renforcé par l’organisation particulière de l’appareil d’État (il suffit de noter le nom de tous les représentants qui étaient au bas de la passerelle pour accueillir le Président, comme mentionné dans l’article que tu cites) et celle du parti au pouvoir.

Il demeure en effet dans notre cher pays que le parti au pouvoir, le RDPC est le mieux organisé dans tout le pays. Il a une base de membres réels, engagés et prêt à se déployer dès que l’occasion s’en fait sentir. L’appartenance au parti ouvrirait encore beaucoup de portes chez nous. Marchés publics, avantages nombreux et multiples, la mangeoire est vaste et très ouverte.

Et c’est ce qui fait qu’on a parfois du mal à comprendre l’étendue du mal qui nous anime. Sur toute l’étendue du territoire, dans tous les pans du système, les gens profitent. Un frère au BIR et plus personne ne peut vous parler mal, un copain/petit ami aux impôts et vous ne serez plus jamais soumise à déclaration, une cousine à l’office du BAC et moyennant rétribution, votre progéniture cancre peut se voir offrir divers sésames (probatoire, BAC, etc..).

Tout est question de faveur, d’opportunité dont chacun veut profiter au maximum sans aucun état d’âme. Tout ceci contribue à faire perdurer le statut quo et de ce fait le griotisme. Alors oui, beaucoup se plaignent mais je dirai cyniquement qu’ils se plaignent juste parce qu’ils ne mangent pas. Beaucoup n’aspirent pas réellement à un VRAI changement, une VRAIE rupture. Ils veulent juste faire partie de la coupure du gâteau. Si jamais ça arrivait, ils seraient vite acquis à la cause. »

 

Pour Serge Mbounja …

Je ne prétends pas avoir les réponses aux questions posées à la fin, mais je veux juste y apporter des éléments pouvant éventuellement permettre d’y répondre. (Ces questions sont les suivantes : Peut-on parler de dictature dans un pays où le président toujours absent est loué à longueur de journée et dont les retours sont célébrés en grande pompe ? Peut-on parler de dictature dans un pays où le fruit de notre propre travail et notre ascension sociale sont attribués au Chef de l’État ? Peut-on dire aujourd’hui que les Camerounais dans leur ensemble sont malheureux de leur situation ?)

Le fait que tous les succès professionnels soient attribués au chef de l’Etat est assez révélateur de la situation de prévarication qui prévaut. La paupérisation des populations emmène logiquement à une aliénation de la liberté de penser. […] Le Président fait et défait les carrières et même les hommes. Veux-tu être un homme d’affaire prospère ? Il te faut impérativement non le talent et le flair, mais ta carte au parti.

La situation économique morose, favorisée par la mauvaise gestion des affaires, n’était pas de nature à développer le tissu économique. Le chômage est l’une des conséquences de cet état de choses. Dans un contexte de chômage généralisé, la pauvreté s’installe et quiconque est capable de vous donner 1 000 FCFA ou 2 500 FCFA pour une quelconque marche fait figure de messie. Oui voilà les ravages de la pauvreté matérielle qui conduit inévitablement à la pauvreté mentale.

Les Camerounais se complaisent-ils dans cette situation ? Savent-ils seulement qu’ils y sont ! Ils ont vécu tellement longtemps dans ce système qu’ils en ont été déformés. Je citerai l’auteur Mongo Beti dans son œuvre Trop de soleil tue l’amour : « Les camerounais ont oublié qui ils furent ! » Lassés par ces luttes du passé qui n’ont abouti à rien, et qui ont au contraire contribué au maintien du président au pouvoir. Toutes ces luttes vaines, le début de tout soulèvement est réprimé avec une violence franche. Alors les gens se sont tout simplement dit : vivons ! Et heureusement l’alcool qui coule à flot nous maintient à dessein dans cet état d’indolence. Et les choses ne changeront pas forcément avec le changement du locataire d’Etoudi. Pardon propriétaire…

Quel est votre avis à vous ? Le Cameroun est-il sous un régime dictatorial ou le griotisme ambiant vous fait penser le contraire ?
  • Elle Citoyenne

    Elle Citoyenne est un média citoyen bilingue (Fr-An) qui a pour mission d éduquer sur les questions de participation citoyenne, de porter la voix des citoyens d Afrique et d ailleurs qui dénoncent des situations sociales ou politiques et proposent des solutions, et enfin de mettre en lumière des initiatives de citoyens pour le bien-être de leur communauté.

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