gestion des réseaux sociaux au cameroun

    Drames et réseaux sociaux au Cameroun : liberté d’expression hors de contrôle

    Cet article est un article du dossier Réflexions autour du déraillement du 21 octobre 2016 à Eseka au Cameroun

    La situation au Cameroun est aujourd’hui des plus inquiétantes. Deux drames majeurs ont touché le pays.

    La route reliant les deux plus grandes villes du triangle national, Douala et Yaoundé, s’est effondrée.

    Un train a déraillé, faisant des centaines de victimes.

    Je ne m’étendrai pas sur ces deux événements, ils sont assez difficiles à vivre comme ça. La gestion et le traitement de l’information par certains membres de la Twittosphère camerounaise me fait vaciller entre douleur profonde et immense dégoût. Le Twittos @pchstar a résumé la situation en un seul tweet :


    Twitter est l’une de mes premières sources d’information. Je me tourne généralement vers les citoyens pour avoir accès à des informations partiales et complètes. Ce que j’y ai vu aujourd’hui me laisse perplexe quant à la compréhension des événements qui surviennent dans le pays, leur analyse, les opinions qui s’y rapportent et le désir effréné d’avoir la primeur d’une information qui, au final, n’a rien de glorieux.

    Je commencerai par ceux qui veulent se faire un nom en rebondissant sur un drame. Ils veulent être connus comme “les premiers à avoir eu accès aux photos” et les “premiers à les avoir diffusées”. Malgré la sensibilisation quasi quotidienne sur les réseaux sociaux sur la non publication de photos de corps mutilés, la dignité humaine passe après leur soif de célébrité.

    Beaucoup n’ont pas cherché à comprendre ce qui s’est passé et pourquoi. Des effusions de haine à l’encontre du Président (en cours séjour privé dans la nature) et des autorités françaises ont fusé. Le Tweet de l’ambassadeur de France au Cameroun a par exemple été mal accueilli. Je ne retrouve malheureusement pas le tweet que je souhaitais partager.


    Je n’ai toujours pas compris à quel moment nous sommes partis du déraillement du train aux insulte ouvertes contre le Président de la République du pays. Nous devons avoir nos limites. Critiquer négativement l’inaction est une chose, mais insulter ouvertement un Président est passible de sanctions très graves.

    gestion des réseaux sociaux au cameroun

    La liberté, qu’elle soit d’expression ou autre,  est étroitement liée au respect de soi, mais surtout au respect de l’autre. Le fait d’insulter au grand jour une institution et bafouer la dignité humaine relève-t-il de la liberté ? Nous avons des devoirs envers l’État et en envers nos concitoyens. Ne l’oublions jamais. Les retombées peuvent ne pas être gérables.

    Ce qui me fait le plus mal est le relai d’informations graves sur un ton humoristique. Peut-on rire de tout ? A-t-on le droit de rire de tout ? Ceux qui “rigolent” se sentent-ils moins concernés ? Se croient-ils à l’abri parce qu’ils n’ont pas pris ce train ce matin ?


    Nous nous plaignons des maux dont souffre notre pays, et cette journée me confirme tristement que nous sommes la cause première de la précarité de la situation. Nous nous plaignons du fait que les autorités détournent les yeux de nos maux.

    Les autorités insultées se sont déplacées pour évaluer de leurs yeux la situation. Vous me direz qu’ils ne bougeront pas le petit doigt après ça. Je vous dirai qu’eux au moins ont sauté dans un hélicoptère. Combien de Twittos ont ne serait-ce-que pensé à démarrer leur véhicule pour se rapprocher des scènes des drames afin d’aider au mieux ? Critiquer négativement les autorités dans son lit douillet est bien plus intéressant.

    Très peu ont réfléchi la tête froide, bien que ce ne soit pas évident dans cette situation. Ce qui a par contre semblé évident est le flot d’insultes. Ces personnes se sont comportées exactement comme les dirigeants qu’elles méprisent. Les dirigeants encensent le Président au moindre rayon de soleil, ces citoyens l’insultent à la moindre goutte de pluie. Digression. Fuite des réalités. “Tirer à terre”. “Frapper à côté”. Qui vaut mieux que l’autre.

    Les événements survenus sont plus que graves. Que notre compotement, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, n’empirent pas les choses. Pensons aux familles, pensons aux victimes, pensons à nous-mêmes. L’heure n’est pas au fiel et à la rigolade. Elle est au recueil et à la réflexion.

    Je continue ma pêche à l’information, bien qu’il soit de plus en plus difficile de tomber sur un tweet sensé, informatif, respectueux tant du lecteur que du sujet.

    Cet article est un article du dossier Réflexions autour du déraillement du 21 octobre 2016 à Eseka au Cameroun

    Photo : L’Infodrome

    • Befoune

      Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

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    • Corine

      Essayons tous de nous calmer, et réfléchissons à comment surmonter ces drames.. Et peut être comment les éviter à l’avenir.

    • thenewmoreLuc

      Je tiens une fois de plus à faire le récapitulatif des évènements pour montrer l’irresponsabilité de certains twittos et acteurs de réseaux sociaux face à une situation tendue que traverse le pays:

      Très tôt le matin on apprend l’effondrement d’une bonne partie de la route reliant les deux cités principales du Cameroun; c’est grave c’est une majeure partie de l’activité économique et sociale qui se trouve ainsi paralysée.C’est surtout grave parce que c’est le week end, une bonne partie des camerounais vivant à Douala ou Yaoundé on programmé des voyages , (certains avec des corps pour les familles endeuillées) entre les deux villes.

      C’est grave ,je ne parle même pas du fait que cette route sert de corridor de transit pour le transport des marchandises vers la plupart des pays de la sous-région.C’est donc grave…C’est grave mais voilà, peut on rire de tout ? Oui selon certains camerounais on peut rire de tout même dans un cas de figure ou les agences de voyages par route ayant annulé les voyages des deux côtés , la compagnie ferroviaire se trouve assaillie par des milliers de passagers DANS LES VILLES DE DOUALA ET YAOUNDE!!!

      Des milliers de camerounais sont parqués comme du bétail par ce qu’ils veulent satisfaire à leurs urgences,l’urgence que présente la situation devrait suggérer le calme le sang froid et la responsabilité de tous et là…Et ben et là, entre 9h et 10h pendant que le train en provenance de Douala arrive à peine à Yaoundé, une rumeur est lancée par certains acteurs de réseaux sociaux via whatsapp facebook et twitter principalement: un train de la Camrail a déraillé.Photo à l’appui (il s’agit d’une photo d’un déraillement ayant eu lieu il y a bien longtemps).

      La rumeur (effet boule de neige des Réseaux sociaux) enfle, gonfle, des arguments et des lieux divers sont apportés pour l’agrémenter.Le train part de gare autour de 11h et se dirige vers Douala.La rumeur parvient aux oreilles des responsables de la Camrail et du ministre des transport.Du côté de la Camrail, la cellule de communication fait ce qu’il y a à faire ; afin de ne pas créer un vent de panique, elle rassure les usagers par un communiqué sur son compte facebook. Le Minsitre des transport quant à lui profite du journal de treize pour démentir ladite rumeur et en appeler au sens des responsabilités des camerounais, mais quelque minutes plus tard le drame se produit effectivement.

      Les photos fusent de toutes parts certaines « light » et d’autres gores (Dieu merci je me suis interdit de chercher à avoir les photos choquantes).Dans le drame et la confusion, il se dit que le Ministre des transports et la Camrail ont cherché à « cacher l’information selon laquelle le train a déraillé » ce selon eux pour fuir leurs responsabilités…ben voyons… le pire c’est plusieurs heures après le drame, c’est la version qui prévaut dans le mental collectif camerounais.

      Je ne suis pas un technicien je ne saurais analyser les risques pris par la Camrail qui AURAIENT mené au drame. Tout ce que je dis c’est que dans cette histoire : 1. Ce sont des CITOYENS camerounais qui ont dessiné le diable sur le mur en lançant cette folle rumeur qui ne s’est pas faite prier pour se matérialiser 2. Ce sont encore des camerounais qui n’ont pas daigné annuler pour certains des voyages triviaux, poussant ainsi la Camrail à la faute de surcharge.

      Responsabilité partagée donc entre les citoyens Camerounais, les autorités publiques et les opérateurs privés…comme dans tous les cas de figures des dysfonctionnements politiques économiques et sociaux observés dans notre pays le Cameroun. C’est ce que je retiens de la suite de ces évènements.

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