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La récente élection présidentielle a fait et continue de faire couler autant d’encre que de salive. Un des mots phares des différents propos est le mot «changement». Une grande partie des Camerounais disent vouloir le changement. Que cache vraiment cette volonté ?

Le dictionnaire Larousse en ligne définit le mot “changement” comme une modification profonde, une rupture de rythme ; tout ce qui rompt les habitudes, bouleverse l’ordre établi. Les Camerounais disent vouloir “le changement” parce que “tout va mal”. Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire Larousse, alors le désir des Camerounais est que tout aille bien. Mais en quoi est-ce que “tout va mal”?

“Il n’y a pas de route !”

“Les hôpitaux sont délabrés ! Les écoles sont délabrées !”

“Un pays sale comme ça là ! Ça sent mauvais partout !”

Pourquoi?

“Parce que l’État (entendez par là la classe dirigeante et les fonctionnaires) vole notre argent !”

“On ne voit pas ce que les gens-là font comme travail !”

Seulement quand on y regarde de plus près, ceux qui crient toutes ces phrases sont les mêmes qui monnaient des services gratuits dans les institutions publiques et privées. Ce sont leurs ordures qui jonchent les routes. Ce sont eux qui urinent à tous les coins de rue. Ils pensent que l’argent prévu pour une prestation leur revient, qu’une fonction à eux confiée par le peuple est un moyen d’enrichissement personnel au détriment de ceux qu’ils sont sensés servir.

De qui se moque-t-on? De quel changement parle-t-on? Au vu de la situation nationale actuelle, comment ne pas donner raison au Dr Shawn Smith qui a déclaré que le dirigeant d’un peuple n’est que le reflet du peuple en question. Pointer ce dirigeant du doigt pour le critiquer revient à se critiquer soi-même. Nous devons être le changement que nous voulons voir. Seulement, combien sont prêts à être le changement qu’ils appellent, désirent et recherchent en l’autre? Dans leur grande majorité, les Camerounais ne le sont pas. Ce qui revient à dire que malgré tout ce qui est dit, si rien n’est fait dans nos maisons, dans nos relations, dans nos professions, c’est-à-dire au niveau individuel et restreint, alors de manière subconsciente, nous ne voulons pas le changement.

Pourquoi pointer du doigt un système (que je ne blâme ni n’encourage) lorsqu’en tant qu’individu, on n’en diffère pas? Pourquoi inviter le voisin, l’État tout entier à changer quand on ne fait rien dans ce sens soi-même? D’ailleurs qui est l’État? Plusieurs diront: “l’État c’est moi, c’est toi, c’est chacun de nous” quand cela les arrange, quand il s’agit des droits et des bénéfices. Mais s’agissant des devoirs, l’État se résume soudainement à une certaine catégorie de personnes.

Quel dommage ! À ce rythme là, nous ne sommes pas prêts d’évoluer. Le changement ne vient pas d’une seule personne. Il vient de chacun d’entre nous. Ne reposons pas tous nos espoirs et tous les problèmes du monde sur une seule personne qui, parfois, fait de belles promesses sans avoir la certitude d’avoir les moyens de les réaliser ou pire, qui nous incitera à offrir nos vies en sacrifice pour son investiture à tout prix.

Le progrès est impossible sans changement, et ceux qui ne peuvent pas changer de mentalité ne peuvent rien changer. Rien, pas même leur propre vie. Et dire qu’il est question ici d’un État tout entier ! Heureusement pour nous que “la pensée est une ressource renouvelable” (Dr Shawn Smith).

Je termine par ces citations du Mahatma Gandhi qui nous interpellent tous:

“Le bonheur, c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles”.

“Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde.”

  • Cyrielle Mbock

    Cyrielle est Camerounaise, étudiante à l Ecole nationale d Administration et de Magistrature. Elle se spécialise dans le domaine du foncier.

  • Show Comments (2)

  • Alain

    Bonne analyse d’une situation aussi ambiguie qu’aupaque. Le changement dont parlent les Camerounais est au niveau des organes dirigeantes de la republique. Ils n’y peuvent pas beaucoup qu’á travers les elections dont plusieurs participent avec beaucoup d’assiduté. La transformation de la société quand a elle requiere un changement un peu plus profond d’oú votre appel sonore á une prise de responsabilité individuelle. L’état est incarné par les differents organes qui structurent notre societé du point de vue politique, economique et juridique. Nous ne pouvons pas tous faire partie de celle-ci.

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