Servir ou se servir, le dilemme des travailleurs camerounais

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Photo : lcclc.info

« Quand il (ou elle) était dans l’opposition, il n’était pas comme ça ; maintenant qu’il MANGE aussi, son discours a changé ».

« Vous croyez que ce sont les mêmes gens qui vont toujours MANGER ? Nous aussi, on va arriver ! ».

« Ce que celui-là fait est petit ; si on me nomme là-bas, je vais d’abord tout prendre ».

Dans les conversations quotidiennes, il arrive d’entendre ces phrases qui sont présentées comme des plaisanteries, mais qui dans le fond n’ont rien de drôle. C’est à croire que tout se ramène à manger, à ce que l’on gagne à faire quelque chose ou à endosser certaines fonctions.

En entreprise, dans le service public comme en politique, le constat est alarmant. En toutes choses, les Camerounais ont un problème appelé intérêt personnel. L’intérêt général est une notion encore très méconnue dans notre pays. Chacun veut se faire voir et ce dans tous les domaines. En politique, il y en a qui pensent que s’ils ne peuvent pas être président d’une section ou d’un comité de leur parti politique d’appartenance, alors il est préférable que le parti disparaisse. En sport, si je ne prends que l’exemple du football, on verra un défenseur quitter sa place parce qu’il veut lui aussi marquer un but. Et pendant qu’il abandonne son poste pour être vu ou repéré par un club, l’équipe adverse en profite.

En toutes choses, les Camerounais ont un problème appelé intérêt personnel. L’intérêt général est une notion encore très méconnue dans notre pays.Cyrielle Mbock

Toute une équipe est ainsi tenue en échec à cause de l’intérêt d’un seul de ses joueurs. Un autre exemple, dans le service public ou en entreprise cette fois : on y voit des hommes et des femmes se marcher dessus pour des postes et divers avantages. Mais pourquoi le font-ils ? Parce qu’ils ont vraiment envie d’assumer ces responsabilités ? Parce qu’ils veulent innover ? Loin de là. Leur objectif est de pouvoir être vus, pour les plus simples. Les plus virulents ne pensent qu’à se remplir les poches.

La prédominance des intérêts personnels sur l’intérêt général est effrayante au Cameroun. Cela est profondément ancré dans nos mentalités, dans nos mœurs. D’ailleurs, quand il arrive que quelqu’un réussisse dans un domaine, que se passe-t-il ? Toute la famille, je dirais même tout le village, s’agglutine autour de la personne concernée, même ces personnes qui lui riaient au nez ou qui l’ignoraient quand elle n’était « rien ». Pourquoi viennent-ils tous ?

Certains, pour véritablement se réjouir avec elle et l’encourager, parfois lui apporter des conseils et de l’aide pour la suite. D’autres par contre, et ce sont les plus nombreux, viennent pour pouvoir obtenir des faveurs ; ils suivent les privilèges dont ils pourraient jouir tant que cette personne est « en haut ». C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de constance dans nos actions. Ne dit-on pas que les actions en disent plus long que les mots ? De la même manière, les motifs en disent long sur les actions.

Servir son pays, et non se servir soi-même.Cyrielle Mbock

En tant que citoyens, nous posons-nous les bonnes questions afin d’agir? Faisons-nous certaines choses pour les bonnes raisons ? Pourquoi pensons-nous de la manière dont nous le faisons ? Pourquoi adhérons-nous à une idéologie ou une autre ? Pourquoi adhérons-nous à une obédience politique ou une autre ? Pourquoi participons-nous à un mouvement ou un autre ? Pourquoi désirons-nous avoir accès à un milieu ou à un autre ? Si c’est dans l’espoir d’être vu ou de se servir au détriment de la communauté, alors faut-il vraiment y aller ?

Que se passerait-il si nous travaillions tous pour le bien de l’autre sans rechercher quelque reconnaissance que ce soit ? Qu’adviendrait-il si nous cessions d’appliquer la « politique du ventre » pour vraiment tenir les rênes de notre société ? Comme l’a si bien dit Mark Zuckerberg, « Chacun devrait être capable de servir son pays, qui qu’il soit ».

Servir son pays, et non se servir soi-même. Contribuer au bien-être et à l’épanouissement de son pays dans son domaine, et non se servir de ses aptitudes et de tous les stratagèmes possibles pour se remplir la panse. Si nous nous décidons à contribuer au bien-être commun, nos intérêts ne seront en rien lésés. Mais si au contraire nous continuons de privilégier nos ambitions personnelles, notre pays n’ira jamais de l’avant. Pire encore, il ira à la dérive de notre fait.

  • Cyrielle Mbock

    Cyrielle est Camerounaise, étudiante à l Ecole nationale d Administration et de Magistrature. Elle se spécialise dans le domaine du foncier.

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