consommation locale au cameroun

    Comment améliorer le niveau de consommation locale au Cameroun ?

    “Consommer local” en Afrique est un sujet très débattu en ce moment. J’ai eu l’occasion ce matin de discuter sur Facebook avec Jessica Eya’ane sur le sujet suite à un statut dans lequel elle valorisait la consommation des produits locaux et se demandait pourquoi peu de potentiels acheteurs camerounais se laissaient tenter. Cette discussion a inspiré ce billet.

    Je suis pour la valorisation et la consommation de produits locaux, mais pas dans l’optique de faire une faveur aux producteurs locaux. La qualité du produit passe avant tout. Je ne consommerai pas local si ce qui est fait localement est médiocre. Je consomme local quand/si ça répond aux normes que je me suis établies.

    Jessica a justement abordé la question des normes et des certifications, un aspect auquel on ne pense pas toujours lorsqu’il est question de la production locale : “Il faut penser à tout ces petits producteurs qui se lancent et qui  ne disposent pas de moyens pour acquérir une quelconque certification qui reconnaîtrait de la qualité des produits proposés.” Je ne remet pas en question l’importance des certifications, mais la certification ne fait pas la qualité d’un produit.

    De nombreuses entreprises achètent/obtiennent des certifications et ne proposent pourtant que des produits peu sains que nous consommons au quotidien. Je n’attendrai pas qu’une certification me soit présentée pour consommer du manioc cultivé dans une région du Cameroun avec des moyens naturels et bien conservé. Se plaindre de ne pas avoir de clients parce qu’on a pas de certification alors que le produit proposé est de mauvaise qualité relève de la médiocrité, un fléau auquel nous faisons face au quotidien.

    Bien que les choses s’améliorent ces dernières années, nous continuons d’observer autour de nous des producteurs locaux qui ne font aucun effort de présentation des produits, qui en font encore moins en termes de techniques de vente, et qui se plaignent à longueur de journée de ne pas vendre autant qu’ils le souhaiteraient, quelle que soit l’envergure de leur activité.

    Dans le cas de la présentation des produits, prenons l’exemple des producteurs/vendeurs de pommes de terre. Il est très rare de trouver dans un marché de la ville de Douala un seau de pommes de terre propre, et je parle ici du seau et des pommes de terre. Devrait-on s’étonner qu’un citoyen qui a les moyens de se le permettre aille dans un super marché acheter un sac de pommes de terre ou un paquet d’allumettes de pommes de terre prêtes à la friture ? Devrait-on lui tenir rigueur du fait de consommer des pommes de terre autre que celles vendues par les producteurs/vendeurs locaux ? Je ne pense pas.

    Au niveau du marketing, le problème est tout aussi grand. Le tout n’est pas de fabriquer ou de décider de commercialiser des produits de qualité, il faut user de stratégies pour aviver l’intérêt des potentiels acheteurs. Poster des photos d’un salon en rotin, aussi beau soit-il, dans un groupe Facebook avec un numero de téléphone et s’attendre a ce que tout le pays se rue dessus relève du fantasme. Tout simplement.

    Vous me direz que ces producteurs/vendeurs n’ont pas les connaissances nécessaires pour dépasser les problèmes que posent la présentation et les techniques de vente, je vous dirai que si on se veut vendeur et qu’on se plaint du manque de clientèle, on s’informe et on recherche des stratégies pour améliorer son activité, ou on essaye de copier ce vers quoi les potentiels acheteurs vont en général.

    En réalité beaucoup d’Africains consomment local, mais les produits consommés sont traités par des entreprises étrangères qui les présentent mieux et gagnent le coeur de la classe moyenne. C’est le cas des pommes de terre dont j’ai parlé précédemment. Les supermarchés les achètent chez les producteurs locaux et les conditionnent selon les normes attendues par leurs clients.

    Le marché national est grand en ce qui concerne le conditionnement des produits locaux, mais il semblerait que peu d’entrepreneurs s’y intéressent. La vente en gros a beaucoup de succès, mais, dans le domaine de l’agriculture par exemple, ces produits sont traités et conditionnés par des entreprises d’ailleurs pour nous être revendus sous une forme plus attractive. Nous consommons local, mais sans en avoir forcément conscience. Nous consommons local, mais en enrichissant “les autres”.

    Pour terminer, je dirai que lorsqu’on s’intéresse aux discussions sur la consommation des produits locaux, on se rend vite compte que la manière d’aborder le problème posé par l’apparent manque de consommation locale est le véritable problème. Il ne s’agit pas d’inciter les gens à “consommer local” parce qu’ils le font déjà, il s’agit plutôt de valoriser nos produits nous-mêmes afin de les commercialiser nous-mêmes.

    Photo : Vallon Info

     

    • Befoune

      Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

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    • Thierry Feuzeu

      Est-ce que l’on peut simplement parler de #ConsommerLocal, sans tenir compte de différents types de produits et de marchés concernés? Car selon le cas que l’on considère, le #ConsommerLocal peut prendre des allures complètement différentes.
      Prenons le manioc par exemple, aucun industriel, local ou étranger, ne peut concurrencer avec ses transformations artisanales (bobolo, mintumba, tapioca, etc). La concurrence est inexistante. Par contre si on prend le coton, on a une situation complètement différente où c’est les transformations locales qui ne peuvent pas tenir la concurrence avec les importations.

      Le problème qui se pose à ce niveau est celui du coût de l’industrialisation. A l’inverse de l’Europe (je généralise un peu), le fait-machine en Afrique est toujours beaucoup plus cher que le fait-main. Et même la perception que les gens en ont est différente: le fait-main en Afrique est perçu comme étant de moins bonne qualité, ce qui n’est pas forcément faux, car directement en lien avec l’état de l’artisanat qui n’est pas toujours bien formé, ni bien valorisé.

      Ceci m’amène au 2e point, celui de la formation et de la valorisation, surtout celles des métiers de l’artisanat qui sont embryonnaires, voire quasi-inexistantes.
      Si tu quittes la ville pour aller cultiver la terre au village, c’est parce ça t’a dépassé et donc c’est un signe d’échec.
      Pour un agriculteur, vendre se résume très souvent à étaler sa marchandise sur un marché et attendre le client qui passe.

      Pour terminer, voici 2 anecdotes qui montrent un peu les différences dont je parle.
      Une amie en France demande à ses parents au Cameroun de lui ramener des arachides lors de leur prochain voyage. Ces derniers, soucieux de bien faire, plutôt que d’aller au marché, font leur achat dans le Leader Price sur place, et lui ramènent donc quelques paquets de cacahuètes salées premier prix.
      Un ami qui fait du covoiturage tombe sur une jeune fille avec une très belle voiture, et, il apprend plus tard que son père la lui a offerte. Il a failli tomber de sa chaise en apprenant que le père en question était agriculteur.

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        “La formation et de la valorisation, surtout celles des métiers de l’artisanat qui sont embryonnaires, voire quasi-inexistantes.” Ceci est au coeur même du problème.

    • Flavien KOUATCHA

      Ha Ha Ha. Lorsque j’ai vu le titre de l’article, j’ai tout de suite posé ma tasse de café pour le parcourir entièrement. De toute évidence, ton analyse tient la route Anne-Marie. Nous avons tendance à nous plaindre de la faible ampleur du #ConsommerLocal. Mais, il est dommage de constater que ceux qui souhaitent vraiment consommer local se retrouvent au final obligés de laver les aliments avant de les consommer. A mon avis, il y a plusieurs paramètres qui rentrent dans le cadre du développement de notre consommation. Ce que tu as dis tient tout son sens au moment où les producteurs doivent comprendre que l’association de compétences variées est un indispensable à la pérénisation de leur entreprise. Maintenant, il y a les APE et le caractère réel mais non synchronisé des mécanismes dans les différents environnements de production. Tu me donnes envie de faire un billet exhaustif dans lequel je vais présenter les paramètres non visibles mais potentiellement déterminants de mon approche. Il y a du travail…

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        Flavien, je t’en prie rédige ce billet exhaustif. Nous avons besoin de nous informer sur ces questions, parce que beaucoup se plaignent sans données pour les éclairer. Si toi, un professionnel du domaine peut en parler, ça nous sera d’une grande aide.

    • Jessica

      Je reste de surcroît d’avis que nous avons un soucis de présentation, de conditionnement, de marketing, oui, en effet… C’est dans cette voie que je me positionne, que nous nous positionnons et espérant que notre offre trouvera utilisation auprès de vos habitudes de consommation…

      Merci Anne Marie C. Befoune pour ce bel article, promptement établie…. Zu!!!!

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        J’ai hâte que vous vous lanciez sur le marché et que vous serviez d’exemple.

    • Jessica

      Là je viens de finir la lecture… Ne nous mentons pas aussi; ces supermarchés et grands étrangers ne vendent pas tous nos produits locaux! ce serait un grand mensonge!

      Ils vendent des produits importés et là donc nous consommons industriels car ces étrangers dans la course aux millions ne prennent plus en compte le soucis qualité du produit, nous consommons donc industriels sans le savoir, nous consommons des OGM croyant consommer du bio…

      Je me rappelle avoir mangé des pommes de terres “propres”, oui cherchant à respecter nos normes de propretés, Mais elles n’étaient vraiment pas saines…

      Je penses aussi que quand on dit consommer local; c’est aussi et avant tout pour les produits alimentaires surtout, une interpellation à une consommation bio, saine et sans risque…

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        Je suis parfaitement d’accord, mais il n’en demeure pas moins que la classe moyenne préfère acheter du local en grande surface, bien qu’elle ne se rende pas toujours compte que ce sont des produits du terroir qui lui sont vendus.

        • Jessica

          Ce que je dis c’est que c’est même pas souvent du terroir…
          Tu fais une confusion. Ou encore l’échelle e, est réduite à moindre pourcentage.

          Consommer Local se trouve dans les marchés et non dans les supermarchés! C’est bien encore notre réalité jusqu’à aujourd’hui…

          Nous observons néanmoins des évolutions bien que boiteuse avec:
          Nestlé et le café camerounais commercialisé sous le branding Nescafé
          Et aussi avec l’amidon que Nestle sollicite, cet amidon se prendra des cultures de manioc des producteurs camerounais sous forme de partenariat entre eux!

          On note aussi Guinness qui s’avoisine avec l’une ces céréales nécessaires à la fabrication de leur produit que nous connaissons tous! Il souhaite le prendre, cette céréale, au Nord du Cameroun et arrêter l’import!

          Tout ceci dans le but de venir en aide à notre économie et de soutenir nos agriculteurs et producteurs…!!!

          Soyons solidaire et acteurs comme eux! La qualité y est! Ne soyons juste pas très exigeant!

          #EatInside

          • Elle Citoyenne
            Befoune

            “Ne soyons juste pas très exigeants.” Je ne pense pas devoir aller plus loin dans le débat.

    • Jessica

      Rien que l’entête m’interpelle…!!! C’est ça aussi mon soucis, Il y’a une différence entre un produit à 100% chaîne de production camerounaise et un produit à contenu camerounais mais à branding et marketing étranger! Je susi contre cette deuxième option…

      Non à l’appauvrissement de mon frère de l’ouest qui a fait une découverte alimentaire mais dont le manque d’argent pour se développer lui fait se voir absorber par un industriel et juste industriel mais ne connaissant rien de la création du produit…

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        Jessica le manque d’argent en soi n’est pas le problème. On ne se retrouve pas à la tête d’une grande entreprise du jour au lendemain. Si ton frère de l’Ouest commençait à petite échelle et se développait avec le temps est-ce que le résultat visé n’aurait pas été le même ? Accuser les moyens des grandes chaînes étrangères c’est bien joli, mais faut-il attendre de disposer des mêmes moyens pour viser leurs standards ?

    • leyopar

      Le problème est le mm partout I mean en Afrique dans certains pays . Tiens par exemple le cas du sénégal, bcp boudent le riz local alors qu’il est aussi bon que le riz importé (j’ai gouté)… On croit à tort que ce qui vient de l’extérieur est meilleur. La certification est importante mais Rome ne s’est pas faite en 1 jour. J’apprécie de trouver certains produits locaux sous des conditionnements propres qui “assurent” une certaine hygiène c’est dejà un pas….. Ne soyons pas trop exigeant le marché local est en pleine mutation et j’ai foi en l’avenir…

      Autre chose au delà des habitudes alimentaires, je pensais qu’elle parlerait du prix d’achat…. je pense que le prix n’est pas souvent incitatif et c’est la raison pour laquelle le consommateur local boude….Mais ca c’est un autre débat avec d’autre politique

      • Elle Citoyenne
        Befoune

        Leyopar peux-tu nous en dire plus sur le problème posé par le prix ? C’est un aspect que je n’ai effectivement pas abordé.

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