Le texte qui suit a été inspiré par une vidéo  publiée sur YouTube par la chaîne Droit Libre TV, une web TV qui s’intéresse aux droits humains, aux groupes marginalisés et aux actions citoyennes. La vidéo intitulée Présidentielles au Burkina Faso : l’expérience d’anciens candidats et postée le 6 novembre 2015 met en scène deux anciens candidats à l’élection présidentielle au Burkina Faso, Émile Paré et Boukari Kaboré.

    À l’approche de la dernière élection présidentielle burkinabe qui s’est tenue le 29 novembre dernier et qui a été couronnée par la victoire de Roch Marc Christian Kabore avec 53,46% des voix au premier tour, les deux politiques ont partagé les problèmes rencontrés par les candidats face aux électeurs. Le plus drôle dans l’histoire est que je me suis immédiatement reconnue dans certaines des descriptions faites par Paré et Kaboré.

    N’ayant connu qu’un seul président, j’ai toujours pensé qu’il était le seul à pouvoir diriger le pays.Befoune

    Le premier obstacle a été soulevé par Émile Paré qui affirme que certains candidats sont généralement minimisés, voire méprisés par le peuple. Cette vidéo m’a fait réaliser l’existence de cette réalité et le fait qu’elle est plus prononcée dans les pays où le président est au pouvoir depuis des décennies. De toute ma vie je n’ai connu qu’un seul président, et il occupe cette fonction depuis plus de trente ans. J’ai vécu de nombreuses élections présidentielles et je ne me suis   intéressée qu’à la dernière, celle qui s’est tenue en 2011 (si on peut parler d’intérêt !).

    N’ayant connu qu’un seul président, j’ai toujours pensé qu’il était le SEUL à pouvoir gouverner le pays. Les éternels opposants et les nouveaux acteurs de la scène politique qui se sont présentés contre lui n’ont été pour moi, comme pour beaucoup dautres, que des amuseurs publics. Je regardais (cinq minutes de) leurs apparitions télévisées pour me moquer ouvertement de leur pseudo projet de société. Et je zappais. Et la vie coninuait… dans l’attente de la victoire certaine de mon seul et unique président… dont je n’ai jamais entendu parler du projet de société.

    Nous pouvons le nier autant que nous le voulons, mais les candidats qui ne disposent que de peu de moyens ne sont pas pris au sérieux.Befoune

    Le journaliste déclare dans la vidéo « La valeur intrinsèque ne suffit pas, les moyens investis dans la campagne sont déterminants. » (1:50). Nous pouvons le nier autant que nous le voulons, mais les candidats qui ne disposent que de peu de moyens ne sont pas pris au sérieux. Nous sommes « snobs », nous ne voulons pas être représentés par un « pauvre », pourtant les 3/4 des populations de nos pays vivent bien en deçà du seuil de pauvreté. Le plus amusant est qu’eux non plus ne prêtent aucune oreille au discours d’un des leurs. Bref…

    La partie la plus intéressante de cette vidéo est celle où Kaboré parle de la population et des projets de société (4:52) : « Le programme n’a jamais intéressé les gens. La population est apolitique, elle ne comprend rien du tout à la politique. La population mange le riz, et puis après vote. C’est tout. » Il poursuit en disant que ce n’est pas le programme, ce n’est pas la beauté du texte qui importe aux électeurs, mais la personne qu’ils ont en face d’eux.  Le peuple ne se soucie pas de savoir si cette personne est en mesure de tenir ses promesses, tout simplement parce qu’il est sans aucune conviction. Il ne comprend rien à la politique et ne cherche même pas à comprendre, « il suit le riz».

    “La population est apolitique, elle ne comprend rien du tout à la politique. La population mange le riz, et puis après vote. C’est tout.”Befoune

    Je pense que Kaboré a totalement raison. Les électeurs vont vers celui qui leur offre des t-shirts, des casquettes et leur donne à manger durant la période électorale. Puis ils jouent aux étonnés lorsque leur situation reste aussi précaire qu’avant l’élection. Que leur a promis le candidat voté si ce n’est du riz pendant la période de campagne ? R.I.E.N. Sujet battu et rebattu.

    Je suis heureuse aujourd’hui de voir de plus en plus de jeunes s’intéresser réellement à la question politique.  Ils sensibilisent leur entourage et mettent sur pied des actions citoyennes pour veiller à la bonne tenue du scrutin présidentiel et à l’élection d’un candidat capable de mener le pays dans la bonne direction. J’aurai été encore plus heureuse si j’avais eu la certitude que ces efforts ne se limitaient pas qu’aux élections présidentielles. Ils doivent être aussi acharnés pour les élections locales, car les dirigeants élus à l’issue de ces scrutins sont plus importants que le président de la République : ils sont plus proches du peuple et doivent effectivement le représenter.

    L’Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI) a ouvert la voie en annonçant une veille pour les élections locales qui se tiendront au plus tard le 30 juin 2016 : suivons tous cette voie.

    Photo:Le Monde

    • Befoune

      Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

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