acheter un timbre au Cameroun

    Le calvaire que c’est d’acheter un timbre au Cameroun !

    En août 2015, j’ai créé un blog sur l’engagement citoyen des jeunes et de la femme au Cameroun. En février 2016, dégoûtée par la réalité du laxisme de notre génération, j’ai laissé tomber ce petit exutoire qui était mien. J’ai eu le sentiment que parler ne me permettait  pas nécessairement à faire avancer les choses. I gave up !

    Néanmoins, je suis restée depuis lors très attentive à tous ces maux / fléaux sociaux qui enveniment notre société. Ces petites choses dont le Camerounais lambda n’est pas conscient mais qui font de lui un piètre citoyen, ou ces lois et décrets qu’il ne s’approprie pas, ce qui le pousse à rester dans la faute.

    Très cartésienne dans mon esprit et ma façon de vivre, le traitement réservé aux usagers dans les services publics camerounais et moi, n’avons jamais fait bon ménage. Les lenteurs, les incohérences entre les services, les humeurs et la condescendance des agents et surtout la résignation des citoyens m’ont toujours donné froid dans le dos et mise hors de moi ! J’ai donc toujours évité autant que possible d’avoir affaire aux services sociaux de mon pays. Par la grâce de Dieu, j’ai une famille dévouée et des amis géniaux qui me donnent des coups de main ça et là.

    Malheureusement, j’ai dû à nouveau faire les frais du manque total de professionnalisme des agents du service public dans la capitale administrative du Cameroun qu’est Yaoundé jeudi dernier. Il était 8h45 et le soleil était déjà haut dans le ciel quand je suis arrivée à la sous-préfecture de Mballa 5, où je devais acheter des timbres communaux pour la légalisation de documents. Une vingtaine de personnes était attroupée devant le guichet, toutes visiblement épuisées par l’attente. Certains étaient en sueur, d’autres se tordaient de douleur dans les jambes. Des femmes âgées étaient pliées en deux, mains sur les genoux. Le spectacle était triste.

    J’ai rejoint la queue après m’être faite rabrouer par une dame à qui j’ai demandé si c’était bien là le guichet pour l’achat des timbres communaux. J’ai attendu 10 minutes. 20 minutes. Après 30 minutes rien n’avait changé si ce n’était la longueur de la queue. À 9H50, soit une heure plus tard, j’ai décidé de quitter ma place d’actrice pour observer la scène. J’ai quitté la queue et je me suis mise en retrait. C’est à ce moment là que je me suis aperçue que le guichet était fermé. Après m’être renseignée auprès d’un jeune homme assis sur un parpaing depuis mon arrivée pour savoir si l’agent s’était absenté, j’ai appris qu’il n’était pas encore arrivé, le guichet n’avait pas encore été ouvert. Il était 10 heures. Je me suis sentie exploser de l’intérieur.

    La résignation des citoyens associée à l’incompétence des agents du service public me révulse. Je refuse de laisser ce système mauvais et corrompu faire partie de ma réalité, de notre réalité. Christine Djafa

    Les heures de travail dans les services public camerounais vont, je tiens à le préciser, de 7h30 à 15h30. Mon oncle qui m’a accompagnée à la sous-préfecture et qui est un habitué du « système » était tordu de rire face à mon agacement. Il a essayé de me calmer, à proposé de prendre ma place dans la queue et a attendu une heure encore. Malgré la fatigue et l’énervement, aucune des personnes présentes n’a manifesté son mécontentement.

    La résignation des citoyens associée à l’incompétence des agents du service public me révulse. Attendre deux heures de temps pour un timbre de 200 FCFA. C’est effarant ! Ces agents pensent-ils seulement à l’urgence du besoin du service ? Aux gens qui laissent leurs occupations pour venir faire cet achat ? Au soleil ardent et aux pluies diluviennes auxquels sont exposés les pauvres citoyens en attente ? Ce traitement est inhumain ! Le pire ce sont les réponses que je reçois lorsque je m’en plains autour de moi : “c’est le système, on va faire comment ?”

    Je refuse de laisser ce système mauvais et corrompu faire partie de ma réalité, de notre réalité. Je prêcherai peut-être dans un désert, mais je ne me tairai pas. Je souhaite partager avec le plus grand nombre de Camerounais ces expériences qui nous pourissent la vie afin que nous puissions réfléchir et agir ensemble pour un service public meilleur.

    Je suis Christine Djafa, marketiste digitale, ingénieure  financier en cours de formation, jeune, femme, activiste, et plus encore, mais avant tout, citoyenne camerounaise. Je souhaite jouir de mes droits de citoyenne et je m’insurge contre la médiocrité des services publics camerounais.

    Photo : Camer.be

    • Christine Djafa

      Christine est Camerounaise. Elle est entrepreneure et évolue dans le domaine de la communication digitale.

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    • ISSOKOLO Rémi

      Le portrait que tu fais est certes réel et montre à quel point le mal est profond et ce sont les citoyens camerounais (des couches les plus défavorisées le plus souvent) qui en payent le prix. Pourquoi je dis “défavorisées “? Aujourd’hui ce que les camerounais font c’est qu’ils ont répertoriés les lieux où le service public est rapide et y vont même si ça doit être plus coûteux. Il y a deux semaines j’étais à la mairie de YDE3 à Efoulan pour faire légaliser des documents (en 45min timbres et légalisations le compte y était)et j’ai rencontré un Mr qui sortait de la mairie de Nkolbisson où il avait rencontré un problème similaire et a dû se résoudre à traverser la ville d’un bout à l’autre pour aller dans une mairie où il trouverais une solution rapide. Mais la question que je pose est de savoir pourquoi les camerounais acceptent cette nouvelle forme d’esclavage que leurs imposent les agents des services publics. Est-ce parce qu’ils s’identifient à ces gens vu que ceux qui sont agents aujourd’hui étaient pour certains à la même place que ces vieillards occupent aujourd’hui? Ou est-ce que les camerounais sont-ils tellement submergés qu’ils ne veulent plus se battre. Je crois que cet article est une sonnette d’alarme tout en espérant que ceux qui le liront pourront le comprendre.

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