Responsabilité, ce mot qui effraie les Gabonais

responsabilite jeunesse gabonaise
4 minutes

Photo: The Guardian Nigeria

« S’agissant particulièrement de l’élite politico-administrative, le code électoral de notre pays prescrit que tout citoyen âgé de 23 ans et jouissant de ses droits civiques, est éligible à un poste de conseiller municipal ou de député à l’assemblée nationale. Le défi actuel consiste donc à passer le cap de la critique des élites d’hier, pour intégrer le champ de la proposition et de l’action citoyenne et politique. »

Cette citation est tirée de l’article d’Hiram S. Iyodi sur Elle Citoyenne Est-il possible d’aller au-delà du constat de l’échec des élites camerounaises ? La proximité entre les sociétés Gabonaise et Camerounaise, pour ce qui est du constat de l’échec des élites, autorise à s’approprier les propos d’Hiram, et à les superposer au Gabon.

A cause de pesanteurs que l’histoire explique mais ne justifie pas, les populations du Gabon ont mis les conditions de leur bonheur entre les mains d’une élite qui n’a souvent eu pour ambition que de se mettre (familles et courtisans inclus) le plus rapidement possible à l’abri des difficultés d’ordre financier et matériel. Une épée de Damoclès plane au-dessus de la tête de tout imprudent qui ose, en toute légitimité, lui demander des comptes.

Je ne vais pas faire injure aux lecteurs en faisant à nouveau un diagnostic des maux de la société Gabonaise : on les sait et certains les exprime au quotidien, parfois à leurs risques et périls. Je poserai plutôt une question : que manque-t-il aux observateurs avertis pour se décider à aller au-delà du  diagnostic ?

Les populations d’une société qui se veut civilisée ne peuvent pas exposer leurs besoins primaires au bon vouloir des élites alors que ces populations sont à même d’œuvrer pour leur bien commun. « C’est ce courage qui manque à la jeunesse gabonaise qui a peur de se responsabiliser »,  disait un communicant Gabonais dans un éditorial politique. Cette peur tétanise les populations qui ne peuvent revendiquer leurs droits élémentaires. Cette même peur donne du courage à quelques médiocres qui commettent sous son couvert  des violences au nom de l’engagement socio-politique.

Et pourtant nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il est temps qu’un nouveau leadership émerge, un leadership étranger au vedettariat et au mercenariat politico-social qui pavent le chemin vers le succès au Gabon. Un leadership loin des initiatives taillées sur mesure la veille des rendez-vous électoraux. Un leadership loin des initiatives public/privé pour la jeunesse dont les bilans sont aussi rares que les résultats positifs.

 Il est temps qu’il émerge une élite vraie, prête à porter ses ambitions, ses convictions et ses idées pour construire une société où il fait bon vivre ensemble. Nous voulons une élite qui s’affranchit des appartenances serviles et qui se lève face à l’autoritarisme, une élite qui ne soit pas au service de dirigeants politiques dominateurs.

Pour ma part j’ai compris il y’ a quelques années que le problème au Gabon est purement lié à l’éducation, et pas seulement parce qu’un agent de l’Etat remettait en cause sans vergogne aucune un texte de loi que je lui brandissais sans s’embarrasser de justifications plausibles. J’ai du me contenter de son « Ah en tout cas, nous on ne fait pas comme ça ». Je l’ai compris parce que notre expérience, tout comme celle de nombreuses sociétés, a montré que la démocratie ne peut se passer de masses éduquées.

C’est cette absence d’éducation de la masse qui permet à un élu de solliciter les voix de ses concitoyens années après années sans peur de passer par la case bilan. Certains sont députés depuis 20 ans et n’ont de réalisations que des accomplissements personnels et familiaux. Les questions sociétales auxquelles ils doivent leur élection sont passées sous silence. C’est également à cause de cette absence d’éducation que les coupables désignés soient à des années lumières de nos communautés, alors que les vrais responsables paradent à deux pas de chez nous dans les bureaux administratifs et les bâtiments publics.

Les diagnostics sont effectués et parfois des esquisses de solutions sont portés au public, mais pour agir définitivement sur les maux au niveau de nos communautés, il est temps que la jeunesse s’engage de façon citoyenne. Je précise au besoin que nettoyer 10 mètres de caniveaux « sous le haut patronage de »  et sous une couverture médiatique digne du tour de France est tout sauf de l’engagement citoyen.

Il faut s’engager aux cotés de ceux qui créent les conditions de lutte contre la misère et non faire la propagande de ceux qui la favorisent. C’est cela aussi s’affranchir. Il est possible au sein de nos sociétés d’aller au-delà du constat d’échec des élites, mais la jeunesse actuelle en a t-elle seulement l’audace ?

  • Kevin Meyet

    Kevin est Gabonais. Après plusieurs années dans les télécoms, puis dans la communication digitale, il se consacre aujourd’hui à des initiatives qui promeuvent l’éducation et les innovations sociales et solidaires via le numérique.

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  • Anne Kedi
    Anne Kedi

    Too much sense in one article. Me na like.

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