quel est le profil du millenial camerounais

Quel est le profil des « millenials » Camerounais ?

9 minutes

D’après les recherches et écrits de théoriciens tels que Neil Howe et William Strauss, le Millénial serait un(e) jeune diplômé(e), qu’il faut gérer délicatement en entreprise ou qui est tout bonnement difficile à manager. Il/Elle est connecté(e) en permanence et est un(e) grand(e) consommateur(trice) de high-tech qui pense révolutionner le monde via ses posts Facebook ou ses tweets. Il/Elle est engagé(e) dans des causes écologiques ou a créé LA start-up qui résoudra tous les problèmes du monde ou, tout au moins, changera ses habitudes.

Etant donné la quasi-systématique importation des concepts occidentaux dans les bureaux de conception en milieu camerounais, autorisons-nous à confronter ce qui ne serait pas exagéré de considérer comme une idéologie avec les données du terrain. Importation qui au passage est causée par la sous-valorisation culturelle que certains Africains font d’eux-mêmes. Le buzz lié au fait qu’une Française, Sénégalaise d’origine, Sibeth Ndiaye, soit responsable de l’image du candidat – et désormais, Président Français – Macron en est un exemple criard.

Si d’un point de vue personnel, Sibeth Ndiaye n’a pas à se justifier ou se culpabiliser par rapport à son parcours et ses choix. Ce qu’il faudrait par contre décrier c’est l’attitude de certains Africains qui perçoivent cela comme un exploit. On aurait dit que conseiller le Président français à l’opposé du Président sénégalais serait plus valorisant, ou que le « bravo » du spectateur du concert de Youssou N’dour à Bercy aurait plus de valeur que celui qui est à Dakar. Nous devons résolument sortir de cette aliénation mentale qui nous empêche de nous valoriser. Nous devons cesser de nous dire que le Blanc est systématiquement plus brillant que l’Africain.

Analyse point par point : la période de naissance du millénial

Sur la base donc de la définition du millénial, nous ferons des comparaisons empiriques afin de dégager le profil du millénial Camerounais. Il s’agira de voir comment il peut s’adapter localement.Il  est inutile de vouloir différencier les milléniaux d’ici de ceux d’ailleurs, car la naissance est un facteur largement partagé par tous, qui n’obéit pas à une influence culturelle, idéologique, religieuse, biologique, politique, etc. On nait simplement un jour et c’est comme ça.

Le caractère de liberté, le besoin d’épanouissement, le rapport à l’autorité

En entreprise par exemple, un millénial est censé rechercher le fait d’avoir un impact. Il est question pour lui de s’épanouir, nager à contre courant des traditions, bouleverser les choses, etc. Tout Camerounais qui lira ces lignes éclaterait de rire, car plus conservateur, plus lâche ou poltron (c’est selon), plus traditionaliste que le Camerounais au travail, ça n’existe pas. Surtout, chez les jeunes. Ils sont plus qu’obéissants, anticipent les frustrations et colères de leurs managers.

Ils ne l’appellent d’ailleurs pas « manager » ; ils l’appellent « chef », comme pour signifier leur engagement loyal (disons plutôt militaire) à ne pas froisser le supérieur hiérarchique. A telle enseigne que le maillon qui ose défier le statu quo ou les choses préétablies est immédiatement repris par des insultes, des moqueries, des paroles sévères, ou par des conseils qu’on qualifierait de sagesse.

Et cela peut s’expliquer par le fort taux de sous-emploi au Cameroun (plus de 71 %) malgré un chômage à moins de 5%. Et si on ajoute la précarité des emplois à peu près stables, on ne peut pas se permettre de penser un seul instant que le millénial s’inquiéterait de savoir s’il est épanoui ou pas. Il « se cherche » encore, pour utiliser une expression d’ici. Et ce, que cela soit avec un salaire bas (il essaie de s’en sortir) ou élevé (il protège ses acquis).  Pour ces jeunes, il est hors de question que des générations qui gagnent moins d’argent que leurs parents se hasardent à jouer avec le « peu de travail » qu’il y a. Après, comme partout dans le monde, il y a des paresseux qui démissionnent et restent à la maison.

Cette réflexion ne s’applique qu’au secteur privé, car dans le secteur publique il semblerait que les postes sont à vie, entendez « je ne démissionnerai jamais, tant que mon salaire me sera versé. Et il l’est en général ».

La question de la passion

Clairement, les Camerounais sont passionnés. De beaucoup de choses. L’agacement produit chez les autres Africains suite au classement à la deuxième place des dames et la victoire des messieurs lors des Coupes d’Afrique des Nations de football de 2016 et 2017 en est la preuve. Ils ont littéralement tout mis « dans la sauce ».

Toutefois, malgré la passion, un jeune camerounais avec un salaire « convenable » employé comme comptable aura du mal à quitter son emploi pour vivre de la musique, du sport ou d’un autre métier artistique ou sportif (pour ne citer que ces domaines-là) si financièrement il ne progresse pas. La stabilité financière est le crédo et le conseil primordial que les uns et les autres (parents, amis, collègues) s’échangent.

Les métiers « instables » ne doivent en aucun cas être pris en compte. Le jeune lui-même accepte l’idée selon laquelle il se contente de suivre les traces des aînés, il a été fait du même moule et appartient à un système qui ne veux souffrir d’aucun changement. Les choses sont si immuables que des facteurs nouveaux sont favorisés pour les perpétuer, à l’instar de la corruption. C’est-à-dire qu’on paie pour entrer et s’installer dans un système qui demande tout, sauf à être réformé. Et on lutte pour que cela demeure ainsi.

D’ailleurs, ne dit-on pas souvent pour rire aux « Néo » (cf. film matrix) tout enthousiastes « quand tu vas rentrer dans le système, tu vas t’y plier ; pour l’instant, tu es encore jeune » ? A 95%, cela se vérifie. Le pays justifie une fois de plus son fameux dicton, « on va faire comment ? ». Une façon de dire, « suivons le train », même si on sait qu’il déraillera un jour.

Le rapport à la technologie

Le millénial est né dans la période forte de la technologie digitale, ce qui n’est que le reflet normal de l’avancée (pas forcément « progrès ») de l’humanité. Il est peut-être né dans cette période, mais il n’est pas l’utilisateur exclusif des outils dérivés. Les interprétations diverses laissent croire que le fait d’être né à cette époque attribue au millénial l’exclusivité de l’usage de la technologie. Toutes génération l’utilise, et parfois plus qu’on ne le croit. Ce n’est qu’une question de centre d’intérêts.

Certains pencheront plus vers snapchat et Instagram que d’autres, tout comme certains seront plus portés sur les achats en ligne que sur le e-learning. On ne peut pas démontrer que les milléniaux utilisent plus et mieux les technologies que les autres générations. Et surtout pas au Cameroun où uiliser un équipement digital ou un service qui y est lié implique un certain pouvoir d’achat. Ce pouvoir d’achat est certes détenu par les milléniaux, mais également par d’autres générations.  La tendance montrerait même que ce sont les générations dites baby-boomers qui achètent plus soit pour eux-mêmes, soit pour offrir aux autres.

Toutes les générations sont « Android » au Cameroun. Tout le monde a un portable, a un compte Facebook, discute sur WhatsApp, fait des transferts électroniques, va régulièrement sur internet. Je devrais dire, toutes les composantes de la société. Les milléniaux n’ont certainement pas le monopole de l’usage du digital.

L’engagement pour des causes

Le principe établi plus haut, s’applique ici aussi. Il n’existe pas à proprement parler un vent de jeunisme dans les couloirs des différentes revendications sociales ou écologiques. Mais le millénial le revendique. Seulement, il fait partie d’un groupe hétérogène de protestataires. La crise anglophone, le sort de médecins, des avocats ou des enseignants faisant grève. Il n’est pas exclut qu’un millénial milite pour des causes relevant du domaine de la santé, de l’alimentation ou de la consommation sans que ce ne soit à cause de son « millenialisme ».

La plupart des jeunes qui s’engagent ont encore besoin de leaders politiques, sportifs, sociaux pour leur donner le courage de faire certaines choses, d’aller plus loin que de simples protestations. Il serait injuste de dire que le millénial se fiche du sort de son pays. Il serait toutefois approprié d’inscrire ces revendications dans des mouvements de foule initiés par plus grand que lui. Il ne s’agit pas du partage de sa vision à lui !

C’est certainement le cas à cause du système gouvernemental camerounais qui ne laisse pas beaucoup de place à la résolution des problèmes réels. Ne voyant pas d’issue favorable aux situations précédentes, malgré sa compassion et son envie de changer les choses, le millénial ne se démarquera pas et se fondra dans la masse que constitue le reste du pays et se référera comme tout le monde à « on va faire comment ».

On pourrait éventuellement tenir compte des espaces réduits d’action comme les réseaux sociaux et les blogs, mais combien de blogs sont dédiés aux causes communes en opposition à ceux qui sont des versions libres des tabloïds et magazines people ? Sans condamner qui que ce soit, les blogs à succès concernent la mode et les potins. Les quelques rares blogs ou espaces de réflexion dédiés à des causes de type « changer la société » ne sont que très peu suivis et encouragés. A peine quelques billets et quelques followers.

L’inertie et le découragement ont littéralement paralysé toute entreprise de changement de la société. Et le millénial camerounais en souffre également. Il ne défend quasiment aucune cause et ne prépare qucune révolution, alors est-il vraiment un millénial s’il faut se référer à la définition au début de cet article ?

Photo : Agenda Afrique

  • Show Comments (1)

  • Anna S. Kedi

    Pas très convaincue. Je trouve qu’il y a beaucoup de généralisations et de partis pris, mais bon ceci étant une tribune ce n’est pas forcément étonnant.
    La jeunesse Camerounaise ou les millenials n’est pas une. Elle est diverse et très ondoyante par rapport à ses motivations et comportements.
    Particulièrement sur le point du dévouement aux causes, je suis en total désaccord. De plus en plus, les jeunes millenials veulent impacter leur communauté. On ne compte plus les associations qui se créent chez ces jeunes, surtout ceux qui ont un boulot et une certaine stabilité financière, pour aider les plus démunis. Les associations étant souvent des associations d’amis, on peut ne pas ressentir leur impact à une grande échelle, mais de ma petite expérience, et dans des milieux très différents les uns des autres, 1 millenial sur 5 que je connais, est impliqué dans une oeuvre caritative.
    En tout cas, c’est une tentative intéressante.
    PS: sur l’introduction, l’analyse faite des réactions sur Sibeth me semble un peu biscornue. La France est un pay où il est encore EXTREMEMENT difficile à un noir, même de nationalité, d’entrer dans certaines sphères. Pis encore, les femmes en politique demeurent dans ce pays, des trophées, tant elles sont peu encouragées et non pas encore assez (au regard de ce que le pays voudrait vendre) d’influence.
    De ce fait, le parcours de Sibeth est au minimum singulier et dans une certaine mesure un exploit, tout comme il l’aurait été, si elle était par exemple aux Etats-Unis, et même en Afrique (où le machisme en politique est une règle). Relier l’appréciation et la mise en valeur de ce parcours singulier dans un environnement difficile qui est celui du pays dont elle est originaire, à une sublimation du blanc, me semble réellement tiré par les cheveux.

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