Le panafricanisme sera économique ou ne sera pas!

panafricanisme economique
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Photo : Carnet du Business

S’il est bien une chose qui soude les gens en ce bas monde ce sont les intérêts.

La race n’est qu’un accident génétique, n’en déplaise aux suprémacistes de tout pelage qui pensent que le blanc se doit de primer sur le noir ou vice-versa. Quant à la géographie, l’expérience a démontré que la richesse peut s’accommoder de la proximité de la pauvreté tant que celle-ci ne vient pas troubler son petit confort. Pour ce qui est de l’amour de l’humain, entendez amour du prochain, il a prouvé son inefficacité chez les grands primates que nous sommes depuis qu’un Juif de Palestine en a fait un credo qui se déclinera plus tard en une myriade de religions.

Il reste donc les liens d’argent qui, à l’échelle des nations, ont la même importance que les liens de sang. Les données du problème étant ainsi posées, on constate à l’observation de l’histoire du continent que le panafricanisme tel que prêché actuellement a peu de chances d’être plus que ce qu’il est maintenant: le vœu pieux de quelques intellectuels enfiévrés et une croisade verbale qui ne dépasse jamais le zinc où il a trouvé naissance.

Il y a autant de différences entre un Yoruba et un Fang qu’entre un Portugais et un Lapon.Aaron Akinocho

L’idéal panafricain tel que rêvé actuellement présente bien des similitudes avec le grand mythe de l’âge d’or humain ou celui de l’Atlantide. Il n’y a jamais eu par le passé de panafricanisme dans le sens de pan qui signifie tout et Afrique. La seule tentative qui s’en rapproche fut celle d’un Zoulou du nom de Chaka qui a essayé d’unifier tout le sud du continent sous son joug et n’est parvenu qu’à déclencher un mouvement de foule dicté par la frayeur qui aura laissé dans l’histoire le doux nom de « Mfecane »,  un cycle de guerres et de migrations.

L’Afrique n’était pas originellement une, et il y a autant de différences entre un Yoruba et un Fang qu’entre un Portugais et un Lapon. Le continent est une mosaïque de peuples, de langues, de coutumes et de divinités. Et ceci pourrait être un atout si l’on parvient à réaliser le premier préalable : construire la fameuse (ou fumeuse) unité tant martelée par les uns et les autres.

Comment y parvenir? Je ne vois que deux solutions viables, les autres étant à mon avis vouées à l’échec : se susciter un ennemi commun ou créer une communauté d’intérêt. Se susciter un ennemi commun offre certes des résultats plus rapides (la haine soude plus que l’amour) mais moins durables. Tout ce qui est construit sur la haine finit par s’écrouler car la haine est un feu et il faut de l’énergie pour l’attiser. Et puis qui haïr ? Le Français ? L’Anglais ? Le Chinois ? L’arabe ? Il serait plus simple de haïr l’autre dans son sens le plus réduit, ce qui signifie tout ce qui n’est pas soi.

La richesse, il n’y a que ça de vrai en amour.Aaron Akinocho

Le danger ici est qu’on en vient à contracter une sorte de maladie auto-immune qui pousse finalement à s’attaquer à ce soi puisqu’on en vient à douter de son intégrité en tant que membre du grand ensemble qui forme ce soi. Exit la haine, l’amour, la race, la géographie, il reste donc les intérêts et donc, l’argent.

Un panafricanisme économique me paraît rationnel. Dans ce contexte, la géographie devient un avantage : la proximité de deux riches peut leur être à tous deux profitable. La race demeure un facteur mineur, mais l’histoire commune et la culture deviennent des facteurs susceptibles de catalyser l’équation économique qui se mettra en place. Il restera toujours le risque lié aux visées hégémoniques de l’une ou l’autre des parties mais un bon contrat de mariage prévient bien des meurtres.

En un mot comme en 628, commerçons les uns avec les autres. Échangeons, ouvrons des routes, partageons les mêmes écoles. Ouvrons les cordons de nos bourses. La richesse, il n’y a que ça de vrai en amour.

  • Aaron Akinocho

    Aaron Akinocho est Béninois, journaliste spécialiste des questions agricoles et agro-industrielles africaines.

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