multiplicité d organisations en afrique de l ouest

Multiplicité d’organisations en Afrique de l’Ouest : avantage ou inconvénient ?

5 minutes

La nécessité d’une coopération entre les Etats pour une meilleure gestion des défis afin d’assurer un bien-être aux citoyens n’est plus à démontrer, que ce soit dans le secteur de l’économie, la sécurité, la politique ou encore le transport.  On pourrait dire que l’Union Européenne en est un exemple à quelques exceptions près. Elle est parvenue à surmonter certains de ces défis majeurs dès sa création.

L’Afrique de l’Ouest, composée de 15 Etats, compte à elle seule cinq organisations sous-régionales et régionales à savoir : le Conseil de l’Entente, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ou CEDEAO, Union économique et monétaire ouest africaine ou UEMOA, l’Union des pays du fleuve MANO et la récente qui est le G5 Sahel. Elles ont toutes un rôle principal : celui de renforcer l’intégration.

Cette multiplicité de blocs sous-régionaux et régionaux pour un seul et ultime but suscite une interrogation face aux conflits multiples et multiformes auxquels notre sous-région fait toujours face.

Des organisations visant un même objectif

Comprendre la motivation de la création des blocs sous régionaux et régionaux est important pour mieux appréhender la pertinence de ces institutions. Le Conseil de l’Entente est la plus vieille des organisations ouest-africaines. Elle a été créée en 1959 et est à la base un instrument de solidarité financière et diplomatique. La CEDEAO a vu le jour en 1975 à Abuja dans un objectif purement économique : le développement économique accéléré et durable des États membres aboutissant à l’union économique de l’Afrique de l’Ouest.

En 1994 à Dakar, l’UEMOA naît de la volonté des chefs d’États d’édifier en Afrique de l’Ouest un espace économique harmonisé et intégré au sein duquel est assurée une totale liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens, des services et des facteurs de production, ainsi que la jouissance effective du droit d’exercice et d’établissement pour les professions libérales, de résidence pour les citoyens sur l’ensemble du territoire communautaire.

L’Union des pays du fleuve MANO créée en 1973 et relancée par la suite en 2004 avait pour finalité la coopération et l’intégration régionale. En 2014 naît le G5 Sahel, suite à une rencontre des chefs d’États des 5 pays du Sahel : ils décident de s’unir pour surmonter les défis similaires de développement et de sécurité  auxquels leurs pays font face.

À l’exception du G5 Sahel, les organisations citées ont toutes un objectif d’intégration économique. Certes, la CEDEAO, face aux défis sécuritaires actuels, mène des missions d’envergure pour la résolution de conflits et le maintien de la paix dans la région (cas de la Gambie, du Nigéria, du Mali…), mais son but ultime reste le même. La question ici est pourquoi l’Afrique de l’Ouest n’a toujours pas atteint cet idéal de développement économique recherché depuis 1959 ? La pléthore d’organisations pour la même cause serait-elle un frein ?

La multiplicité des organisations ouest-africaines est-elle un avantage ou un inconvénient ?

Le travail abattu par les organisations sous-régionales et régionales ne peut être peint en noir. La région a connu des avancées qui leur sont dues, notamment :

  • L’union douanière de l’Afrique de l’Ouest ;
  • La libre circulation des personnes et des biens dans l’espace ouest-africain ;
  • La création de la Bourse régionale des Valeurs mobilières ;
  • L’augmentation du commerce intrarégional ;
  • Les progrès dans la définition des politiques sectorielles et la surveillance multilatérale ;
  • Le règlement des conflits dans la sous-région (la résolution du cas de la Gambie à titre d’exemple).

Cependant, les nobles intentions de ces organisations n’empêche pas le fait que des question ne sont pas abordées, et les retards de progrès enregistrés ont des causes profondes. Premièrement, la multiplicité des organisations qui regroupent pratiquement les mêmes États pose un problème de coordination et d’harmonisation des actions. En effet, le Conseil de l’Entente, la CEDEAO et l’UEMOA ont toutes les trois des objectifs similaires et mettent en place des politiques et stratégies semblables pour les mêmes Etats.

Deuxièmement, il existe presque toujours une longue période entre la prise de décisions et leur mise en œuvre (cas de la CEDEAO lors des missions de résolutions de conflits ou encore du G5 Sahel dans ses politiques d’intervention dans la région du Sahel). Cette longue attente est due à la mobilisation des ressources financières et, dans les cas de maintien de la paix, du nombre limité de militaires disponibles.

Par ailleurs, la restructuration au sein des institutions qui composent les organisations sous régionales est également une cause du retard dans la mise en œuvre des décisions prises. Il faut noter que ces institutions ont pratiquement les mêmes sources de financement, qu’elles soient internes ou externes, ce qui explique les ressources financières limitées face aux nombreux projets de la pléthore d’organisations de la sous-région.

Une “guerre de leadership” existe au sein des organisations sous régionales etr régionales en Afrique de l’Ouest : la CEDEAO, l’UEMOA, le conseil de l’Entente ou encore le G5 Sahel constituent des « gâteaux » que les chefs d’État se partagent. Le Président du Sénégal Macky Sall n’a à titre d’exemple pas facilement cédé la présidence de la commission de l’UEMOA à son homologue du Niger, le Président Mouhamed Issoufou, lors de la dernière session tenue à Abidjan le 10 Avril 2017.

Pour une Afrique de l’Ouest qui fait face à des conflits, une approche inclusive et coordonnée est indispensable pour répondre aux réels attentes des populations compte tenu des ressources limitées des États. Dans cet ordre d’idée, la multiplicité des organisations sous régionales et régionales actuelle ne saurait favoriser le développement de la sous-région. Une harmonisation des prérogatives des organisations sous régionales et régionales avec une focalisation de chacune d’elles sur un aspect précis est nécessaire. La souveraineté, l’endogénéisation des solutions et le financement interne sont essentiels à un développement effectif.

Photo: aDakar

  • Show Comments (2)

  • Thierry

    L’intégration des peuples se mettra véritablement en route quand ceux ci seront associés.

  • Jean-Vincent GANKPA

    Bonne question. Il faut vraiment que les contours de l’intégration régionale soit revues.

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