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Déraillement à Eseka : avons-nous compris la leçon ?

4 minutes

Cet article est un article du dossier Réflexions autour du déraillement du 21 octobre 2016 à Eseka au Cameroun

La semaine dernière, le Cameroun a été frappé par un drame qui a fait, selon les chiffres officiels (donc contestables), 78 morts et 597 blessés. Suite à cet accident, et tandis que certains essayaient maladroitement de se dédouaner dans les médias nationaux et internationaux, on a vu des Camerounais se soutenir. On a vu l’entraide, la solidarité envers les rescapés de cette tragédie. Pourtant, malgré toutes ces actions, cette solidarité, je me demande si nous, Camerounais, avons compris la leçon.

Chaque fois qu’un drame est survenu au Cameroun, nous nous sommes indignés, nous avons réagi autant sur les réseaux sociaux que dans la vie réelle. Après le drame de Laquintinie, pour prendre un exemple récent, les Camerounais avaient exprimé leur colère, leur indignation. Des gens s’étaient recueillis, les autorités de la ville même avaient paraît-il accompagné la famille. Pareil pour le cas de la petite Eva, enlevée et retrouvée décapitée quelques jours plus tard.

Mais après ça, rien. La vie a repris son cours avec la même insouciance qui semble nous caractériser ici au Cameroun. On a tôt fait d’oublier la petite Eva, Monique Koumate, et toutes les autres victimes de drames survenus avant. Il me semble que nous en sommes arrivés à nous contenter de peu, au point d’accorder très peu d’importance à nos propres vies. Il suffit de voir comment nous vivons, ce que nous tolérons, les écarts que nous avons érigé en norme, pour s’en rendre compte.

Généralement, quand je vais dans un ministère, je préfère prendre l’escalier au lieu d’emprunter l’ascenseur parce qu’à chaque fois il est surchargé. Pourtant le nombre maximum d’occupants est indiqué. Mais on s’en fout, on attend qu’un drame survienne pour s’indigner. Et c’est pareil pour les taxis, les motos-taxis et autres moyens de transport. Pour le Camerounais, la surcharge est devenue normale. On ne s’inquiète pas de voir un ascenseur prévu pour 8 personnes en contenir 15. On rit en voyant 4 ou 5 personnes monter sur une moto prévue pour 2. On attend qu’un drame survienne pour pleurer.


La surcharge des wagons, je n’en doute point, a joué un rôle important dans la catastrophe ferroviaire qui a eu lieu le 21 octobre dernier. L’accident n’aurait peut-être pas pu être évité à cause de l’état des wagons ou de la locomotive, mais le nombre de victimes aurait au moins été réduit si nous n’avions pas accepté de remplir les wagons comme une boite de sardine. Comme certains, je pense que, si Camrail et le Gouvernement sont responsables de cette hécatombe, nous aussi citoyens qui acceptons de brader nos vies tous les jours dans les transports en commun ou ailleurs, avons une part de responsabilité.

Le drame d’Eséka a réveillé les Camerounais, qui ont montré qu’ils sont solidaires.  Mais, avons-nous retenu la leçon, cette fois ? J’aimerais le croire. Pour dire vrai, je reste sceptique. Beaucoup d’entre nous continuent d’accuser le Gouvernement en oubliant nos propres erreurs. Et le Gouvernement se dédouane, rejetant la faute sur Camrail, qui à son tour renvoie la balle au Gouvernement qui a donné des instructions ce jour-là pour que des mesures spéciales soient prises.

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Des rescapés de l’accident de train du 21 octobre 2016 – Photo : actucameroun.com

Quand allons-nous enfin comprendre que nous n’avons plus rien à attendre du Gouvernement camerounais ? Jamais ils ne prendra la moindre mesure pour améliorer nos conditions de vie. Jamais ils ne voudra admettre ses erreurs (tout comme nous, d’ailleurs). Il l’a démontré à suffisance. Chaque fois qu’un drame est survenu, il a été plus préoccupé par sa version de l’affaire que par la prise de mesures adéquates pour éviter que pareils drames ne se répètent.

J’ai appris récemment qu’il y a 330 buses comme celle qui a cédé sur l’axe Douala – Yaoundé. Qu’est-ce qui a été fait pour les renforcer après que celle de Matomb ait cédé ? Rien. À quoi servent tous les milliards alloués à l’entretien routier ? À quoi servent les milliards récoltés dans les péages ? Rien, rien, rien.

Le citoyen doit être le premier à assurer sa propre sécurité et à protéger sa vie. Mais ça, l’avons-nous compris ? Allons-nous arrêter de surcharger les taxis, les ascenseurs, les trains, les motos etc. ? Allons-nous arrêter d’acheter les permis de conduire tout en sachant pertinemment qu’on ne sait pas conduire ? Allons-nous enfin éviter l’automédication ? Bref, allons-nous enfin nous comporter comme des personnes responsables ? Une semaine – seulement – après le drame d’Eséka, je pense que nous n’en sommes pas encore là.

Cet article est un article du dossier Réflexions autour du déraillement du 21 octobre 2016 à Eseka au Cameroun

Photo : Internet

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