La construction de la pensée au cœur de l’action des élites

la construction de la pensee au cœur de laction des elites

Cet article est le quatrième de notre Focus « Que devons-nous attendre de nos élites et nos élus au Cameroun ? »

A la faveur des actualités récentes et des débats actuels qui se posent sur la scène Africaine (Franc CFA, planning familial, entrepreneuriat, organisation de la coupe d’Afrique de football, etc.), il m’a paru pertinent d’étaler dans le contenu de ce billet les analyses que je porte au sujet des élites de mon pays le Cameroun, et dans un sens plus large à celles de l’Afrique, ce continent qui me tient à cœur.

Penser définitivement en faveur du Cameroun en particulier et de l’Afrique en général

Il existe un espace politique – pas dans le sens de parti politique, mais d’organisation de la cité – au sein duquel nous pouvons déployer des initiatives, des visions purement camerounaises ou africaines et dédiées aux Camerounais ou aux africains. Nos élites doivent circonscrire leurs vision au niveau national, puis continental, et se permettre de penser que cela est largement suffisant pour la société ainsi que pour leurs réalisations personnelles.

Il est possible de bâtir une carrière, une vision, avoir pour mission dans la vie de participer à la construction du Cameroun en particulier et de l’Afrique en général. Le logiciel de motivation et de formation qui justement nous formate tout au long de nos différents cursus et trajectoires académiques devrait avoir pour objectif final de donner à chaque enfant du continent l’obligation morale de travailler pour nos pays et de préparer un terrain fertile pour les générations futures.

Se permettre de penser

L’absence de la dialectique et du débat entrave indubitablement la marche vers la construction de l’Afrique et forcément et fait défaut à la constitution de la qualité morale de nos élites. En Afrique, nous devons arriver au point où les arguments, les argumentaires et les oppositions, se révèlent non pas comme un problème, mais comme une source à la fois de connaissances, de théories et de concepts qui serviront de leviers pour l’avancement. Cette façon de gouverner le peuple sur la seule base de l’autorité fonctionnelle et hiérarchique des choses est importante et a certainement sa place. Mais seule, elle ne peut suffire.

La règle d’or consiste d’abord à penser, puis à appliquer. C’est parce qu’on s’est privé de pratiquer cet exercice, qu’on se retrouve face aux permanents et chroniques détournements de fonds, aux inadéquations complètes dans les politiques éducatives des pays Africains menées justement par les élites africaines.

Créer une société responsable de son avenir exige que l’on lui dise la vérité au sujet d’elle-même, qu’on déploie une configuration intellectuelle qui emmène les uns et les autres à réfléchir sur leur passé, à questionner le présent et à envisager sereinement l’avenir. Lorsque les idées sont énoncées et traitées que les actions bien définies prennent le pas et ont un sens presqu’éternel.

Il est important que nos élites comprennent que l’enjeu n’est pas leur pouvoir, mais le sort de générations entières de jeunes. Ces élites doivent défendre l’expression « libre »,  déloger la pensée unique pour instaurer une collégialité et une diversité encadrée par le respect mutuel de tous les protagonistes. Enfin, nous devons apprendre à nous détacher du sensoriel, de l’émotionnel, pour arriver à élever, non pas une Afrique de consommation abrutissante, mais une Afrique de production, de ressources, aussi bien de produits et services finaux que de concepts et d’intellectuels.

Construire la pensée

L’Afrique a besoin d’intellectuels actifs et engagés. Il ne s’agit pas forcément ici de détenteurs de diplômes prestigieux, mais de personnes qui pensent, conceptualisent, comprennent mieux les sociétés et proposent des solutions aux problèmes qu’elles rencontrent.  Ce cheminement de la pensée doit être stocké, organisé et transmis afin que les erreurs commises ne soient pas répétées et que les bonnes pratiques soient systématiquement appliquées.

Il s’agit ici de renforcer l’identité afin d’avoir des sociétés dynamiques qui fonctionnent selon un plan précis conçu par des personnes au cœur des réalités, des sociétés où les jeunes héritent des générations antérieures non plus sur la base de la peur ou d’une autorité tyrannique, mais sur le bien précieux qu’est la connaissance, le savoir. Ceci est un appel à tous ceux qui sont dans les domaines de la constitution du savoir.

Evaluer la pensée

Comme toute évaluation, l’évaluation de la pensée n’est pas toujours plaisante, mais elle est primordiale si nous souhaitons éviter le darwinisme ou le dogme social, économique et politique. Organiser la multiplicité et la divergence d’opinions dans des cadres d’évaluation bien précis nous sera salutaire.

Au terme de cette courte analyse de l’élitisme et des élites au Cameroun et en Afrique, ce qui est à retenir c’est d’envisager la pratique et les activités des élites sous le prisme de l’héritage que nous laisserons demain. Si l’élite de quelque domaine que se soit arrive à mettre de côté ses intérêts personnels pour s’inscrire dans un mouvement de constitution d’un leg, ses réalisations seraient bénéfiques pour tous, elle-même incluse. Le nombrilisme de  nos élites est la principale cause des situations désastreuses dans lesquelles nous sommes sur de nombreux plans. Nous avons besoin d’une élite consciente qu’elle est là, non pas pour elle-même, mais pour les générations futures.

Cet article est le quatrième de notre Focus « Que devons-nous attendre de nos élites et nos élus au Cameroun ? »

  • Serge Massango

    Serge est Camerounais, web developpeur, web designer, mais aussi entrepreneur et blogueur.

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