Bassirou Gassama ou le sexe au centre des discussions à Kolda au Sénégal

Bassirou Gassama
7 minutes

J’ai rencontré Bassirou Gassama lors de la première édition du Faby, le Festival en Afrique des blogueurs et des youtubeurs qui s’est tenu à Dakar en juin 2016. Le Sénégal est une société très conservatrice surtout lorsqu’il s’agit de questions liées au sexe. À travers son blog Questions d’ados, Bassirou s’est donné pour mission d’informer et de sensibiliser les jeunes de la région de Kolda dont il est originaire sur ces questions malgré les tabous qui les entourent.

1- La société sénégalaise est réputée pour être très fermée. De nombreux tabous existent et persistent. Le sexe est un des sujets les plus difficiles à aborder même à Dakar, la ville la plus ouverte et cosmopolite du pays. Je présume qu’à Kolda il doit encore être plus difficile d’en parler. Comment est accueillie ton initiative ? Comment es-tu perçu à Kolda où tu vis ?

Il est effectivement très difficile d’aborder ce sujet à Kolda, car les traditions y occupent une place centrale. Au début de mon action j’ai été d’entrée de jeu considéré comme un jeune pervers mais, grâce à une bonne communication et de nombreuses activités de sensibilisation, mon combat a fini par être compris : je me bats au quotidien pour que les jeunes de Kolda adoptent une sexualité responsable.

2- Sur ton blog Question d’ados, des détails assez crus sont donnés. Tu abordes des questions telles que l’éjaculation précoce ou les pertes blanches. Des photos certes explicatives mais assez osées sont publiées, celles par exemple qui donnent des informations sur les différents stades de la puberté chez les filles et les garçons. Est-il facile pour toi de parler des questions sexuelles ?

Il n’est pas aisé de parler de sexualité, surtout dans une société où les valeurs et les principes sont quasiment dogmatiques. Le sexe est tabou, mais mon but ultime est d’informer. Je ne le fais pas dans le souci de pervertir qui que ce soit, mais dans le but de promouvoir une bonne santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’un comportement responsable.

3- Qu’est ce qui t’a poussé à te lancer dans la sensibilisation des jeunes aux questions sexuelles ?

Kolda, la région d’où je viens, souffre d’une mauvaise réputation. Les taux de grossesses, de mariages précoces et de personnes atteintes du VIH/SIDA y sont les plus élevés du Sénégal. Il m’était impossible en tant que jeune de la région de rester les bras croisés. C’est de là que vient ma motivation, c’est ce qui m’a poussé à aller vers les structures qui interviennent dans ce domaine pour apprendre, m’informer et être apte à sensibiliser les adolescents autour de moi.

4- Ton activité se limite-t-elle à ton blog ou des actions sont menées sur le terrain ?

Mon activité ne se limite pas seulement à mon blog. J’ai commencé le travail de sensibilisation avant  de le créer. Je suis Président du Mouvement d’action des jeunes (MAJ) de l’Association sénégalaise pour le Bien-être familial (ASBEF). Affiliée à l’International Planned Parenthood Federation (IPPF), l’ASBEF est un mouvement national et international de jeunes volontaires pour la promotion des droits des jeunes en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que du bien être des adolescents. Dans le cadre de l’action de ces différentes structures je coordonne et participe à de nombreuses activités communautaires telles que des causeries éducatives, des visites à domicile, des consultations médicales gratuites ou encore des formations.

5- Tu parles beaucoup des jeunes filles. J’ai particulièrement aimé la publication 7 raisons pour lesquelles vous avez un retard de règles sans être enceinte. Les hommes éprouvent généralement de la gêne à aborder des questions propres aux femmes telles que les règles et (malheureusement) l’avortement. Où te documentes-tu ? Approches-tu des filles pour poser des questions ? Si oui, comment réagissent-elles ?

Je ne m’embarrasse pas de limites ou d’interdits. Tant que ça peut aider, tant que ça peut être utile, j’ose. Je n’ai absolument aucune gêne à aborder ces sujets. Pour ce qui est de la documentation, les nombreuses formations en santé sexuelle et reproductive dont j’ai  bénéficié à travers les associations et structures au sein desquelles j’évolue m’ont permis d’acquérir des connaissances dans ce domaine. Mais je ne me limite pas à mes propres connaissances. Je visite  au quotidien des sites internet qui portent sur ces questions et je relaie parfois leurs articles.

Pour ce qui est des échanges avec les filles, les causeries éducatives me permettent de les rencontrer régulièrement, d’apprendre d’elles les problèmes auxquels elles font face et de les aider au mieux.  Je dois avouer qu’elles sont étonnées quand je leur parle du cycle menstruel et de la contraception. Elles sont gênées au départ, mais elles s’ouvrent au fur et à mesure que la discussion progresse.

6- Tu n’hésites pas à donner des conseils sur les méthodes de contraception. N’as-tu jamais été accusé d’encourager le sexe hors mariage ?

J’ai effectivement été accusé d’encourager le sexe hors mariage, surtout lorsque je distribue des préservatifs. Le fait est que les conseils donnés aux jeunes en matière de protection et de contraception n’ont pas pour but de  les pousser à avoir des relations sexuelles. La première méthode de protection que je recommande à tous les jeunes avec qui j’ai été en contact est l’abstinence, mais on ne va pas se voiler la face. Les jeunes ont des relations sexuelles et ont besoin de contraception. Il vaut mieux leur donner les moyens de se protéger plutôt que de les laisser s’exposer à tous les dangers.

7- Es-tu soutenu dans ton action ?

Oui, je suis soutenu, mais il a fallu du temps. Aujourd’hui mon combat est celui de nombreux jeunes de ma région.

8- Les jeunes viennent certainement vers toi pour des conseils particuliers. Quelles sont les questions qui te sont le plus posées, quels sont les domaines où les jeunes sont les moins informés ?

Je rencontre en effet beaucoup de jeunes qui viennent vers moi de leur propre chef. Ils me contactent via les réseaux sociaux où se rendent dans les locaux de l’ASBEF réservés aux adolescents à Kolda. Trois questions reviennent souvent : « Est-il possible d’être enceinte bien qu’on soit vierge ?» « Comment fonctionne le cycle menstruel ? » «Quels sont les symptômes des infections sexuellement transmissibles ? » Le besoin d’information sur ces questions est évident.

Comme vous pouvez le constater, je ne me limite pas aux questions d’ordre sexuel sur le blog.  Je parle également de maladies telles que le cancer, du mariage précoce ou encore des décès lors des accouchements. Ces problèmes sont-fréquemment rencontrés à Kolda, mais aussi ailleurs. La plateforme n’est pas consultée que par les habitants de Kolda. Grâce à elle, mon action touche de nombreuses personnes à travers le Sénégal et au-delà.

9- Le blog existe depuis un an aujourd’hui. Quelle est ta plus grande fierté jusqu’ici ?

Ma plus grande fierté ce sont les retours que j’ai chaque fois que je publie un article. C’est la preuve que les gens lisent, qu’ils s’intéressent aux questions que j’aborde et donc qu’ils sont prêts à prendre soin de leur santé. Je suis particulièrement fier de ces jeunes qui me contactent  à travers mon blog pour me demander des conseils ou une orientation vers une structure de prise en charge où qui met à disposition ce dont ils ont besoin. Je suis heureux d’être lu à travers l’Afrique, mais aussi sur d’autres continents.

10-  Si tu devais faire passer un message à travers Elle Citoyenne, quel serait-il ?

Les jeunes doivent croire en eux et innover quel que soit le domaine dans lequel ils se lancent. Pour moi c’est la clef de la réussite.

  • Befoune

    Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

  • Show Comments (7)

  • Aisha Dabo

    Je connais un peu la zone et je comprends combien il est difficile de parler de sexualité en général et surtout dans un milieu ou certaines pratiques culturelles ont la vie dure.

    Je te félicite pour ton engagement Bassirou même si tu es un Gassama lol. C’est très important pour la jeunesse mais surtout aussi pour les autres générations adultes comprennent que connaitre son corps, ce qu’est la sexualité et la sante de la reproduction ne veut pas nécessairement dire être pervers, ou même être sexuellement actif. On a besoin de ces informations pour faire des choix judicieux le moment venu et surtout le moment voulu.

    Et merci a ma chère sœur AM, qui ne cesse de me faire découvrir des choses. Ta passion m’inspire. Keep it up girl, you slay bisous

    • Elle Citoyenne
      Befoune

      Merci Aisha ! Je continue donc de nous chercher des perles !

    • BassirouBassirou GASSAMA

      Merci Aisha et je te prouve que les Gassama Sont au coeur de l’action contrairement au DABO lol.et ta raison c’est un droit pour tous jeune de connaitre son corps c’est grace a sa que le jeune peu faire la difference et adopter une sexualité responsable.en tous cas ce combat je les commence et je vais le continue et merci a tous ces gens qui s’engages eux aussi

  • Aurelien

    Hmm, conservateur OK, Mais bon, Aujourd’hui c’est Chacun qui veut définir sa sexualité, C’est bien de savoir qu’il y’a des gens qui se soucient des autres dans ce sens là, perso, Je pense que RIEN ne vaut le *sexe après le mariage, toUt ce qui se dit autour si c’est Pas pour amener les jeunes à attendre, J’sais pas trop à quoi ça sert, bel article befoune

  • leyopar

    le premier pb dans ce pays est que les gens préférent se voiler la face plutot que regarder la vérité en face et ce particulièrement dans on parle sexualité. Kolda est une zone très sensible avec le marché périodique qui draine beaucoup de monde la sous régio,… belle initiative car il en faut du courage

    • Elle Citoyenne
      Befoune

      Bassirou Gassama est pour moi un exemple, Leyopar.

    • Bassirou GASSAMA

      Ta parfaitement raison leyopar avec le marché de diaobe beaucoup de chose se passe dans cette ville et c’est qui fait que le taux du VIH SIDA est très élevé.l’une des moyens de l’éradiquer c’est d’informer et de donner des moyens de protection aux population

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