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    Et si la donne changeait lors des élections en 2018 au Cameroun ?

    L’actualité politique sera particulièrement marquée au Cameroun en 2018. Si l’on s’en tient à l’état actuel du calendrier électoral, se tiendront simultanément cette année-là : les élections couplées législatives et municipales, les élections sénatoriales ainsi que la présidentielle. Ce calendrier électoral particulièrement chargé, associé à une politisation des masses de plus en plus significative, annonce un besoin de démobilisation singulière.

    Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais ou RDPC, grand favori, maintiendra-t-il son hégémonie dans les chambres parlementaires ainsi qu’au sein des conseils municipaux ? Le Social Democratic Front ou SDF, principal challenger, confirmera-t-il son statut de leader historique de l’opposition ? Les newcomers, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun ou MRC et le Cameroon’s People Party ou CPP, parviendront-ils à élargir leurs bases d’élus locaux et nationaux ?

    Les dinosaures endormis l’Union nationale pour la Démocratie et le Progrès ou UNDP, l’Union démocratique du Cameroun ou UDC, l’Union des populations du Cameroun ou UPC, l’Alliance pour la démocratie et le développement ou ADD et le Mouvement démocratique pour la défense de la République ou MDR s’imposeront-ils comme interlocuteurs crédibles pour les nouvelles générations ?

    2018 annonce aussi le défi du renouvellement de l’élite politique et par conséquent celui de la promotion des jeunes. En effet, si l’on s’en tient à la pyramide des âges de la population camerounaise, considérant le cas idéal de l’inscription sur les listes électorales de tous les camerounais en âge de voter,  les 20-40 ans représenteront les deux-tiers du corps politiquement actif en 2018. La jeunesse constituera dès lors et de fait le cœur de cible des partis politiques en lice.

    Pyramide des âges au Cameroun selon La population du Cameroun en 2010

    Pourquoi la jeunesse s’est désintéressée de la chose politique ?

    Depuis l’avènement du multipartisme au Cameroun, les organisations politiques dans leur grande majorité se sont démarquées par leur incapacité à se projeter au-delà de leurs « présidents-fondateurs ». Un quart de siècle s’est écoulé depuis le début des années 90 et les lionceaux d’hier, catalyseurs de l’avènement de la démocratie, se sont accrochés à leurs sièges où ils demeurent (avec rare réserve) à la tête des exécutifs de leurs formations respectives.

    Ce statu quo n’est pas sans contribuer à renforcer le désintéressement pour la chose politique chez les nouvelles générations. De tous bords, la relève n’a été ni préparée, ni même encouragée, alors que le bilan de tout leader se mesure à la qualité de son héritage et de ses héritiers.

    Le regain d’intérêt

    Le regain d’intérêt pour la politique chez les générations nées dans les années 80 et 90 suscite un nouvel espoir à ne guerre gâcher quant aux défis actuels, notamment celui du renouvellement de la classe politique camerounaise. Les formations qui ont saisi l’importance de cet enjeu-jeune préparent leurs opérations de séduction, alors que les principaux concernés ne semblent pas réaliser le pouvoir d’influence qui est le leur.

    D’après le dernier recensement général dont les résultats ont été publiés en 2010, la population camerounaise serait constituée de 19,4 millions d’habitants avec une moyenne d’âge de 22 ans. Les moins de 20 ans représentant un gros 55% de la population contre 17% pour les plus de 40 ans (à peine 3% pour les plus de 65 ans). Tenant compte de l’article 2 de la Constitution de notre pays qui fixe l’âge minimal pour être électeur à 20 ans, le Cameroun compterait 8,7 millions d’électeurs dont 65% seraient âgés de 20 à 40 ans.

    Source : Vu par Fifi

    Convaincre et séduire les jeunes

    Au terme du premier trimestre de l’année 2016, le Conseil électoral ELECAM réclamait 6,2 millions d’inscrits sur les listes, soit environ 70% des potentiels électeurs. Si des initiatives telles que l’opération 2000 jeunes en 20 jours, confirment que l’organe en charge des questions électorales et référendaires fait de la jeunesse sa cible prioritaire, de nombreux efforts restent à déployer de la part de l’ensemble des organisations concernées par les élections. Au premier rang de celles-ci, les partis politiques qui entendent réaliser des scores majeurs en 2018. Ces derniers se doivent de convaincre l’électorat-jeune de la nécessité de participer aux élections et de l’intérêt à supporter les idées qu’ils promeuvent.

    A cet effet, il incombe aux partis politiques d’analyser les profils, les besoins et les attentes de cette tranche de l’électorat, puis de déployer les actions en communication conséquentes. Qu’il s’agisse de publiciser les inscriptions sur les listes électorales ou de vulgariser leur idéologie, les formations politiques gagneraient à implémenter entre autres stratégies : des campagnes d’affichage et des séances d’information dans les localités urbaines et rurales, des spots télé et radio, du street-marketing à proximité des lieux fréquentés par la population-cible, des push-sms, des caucus avec des jeunes entrepreneurs et des acteurs de la société civile, des campagnes digitales (newsletters et réseaux sociaux)…

    Les partis politiques ont tout intérêt à sortir de leurs zones de confort pour enrôler les 20-40 ans afin d’optimiser leurs résultats lors des échéances à venir. Dans le même temps, les jeunes doivent faire peser le poids de leur nombre et de leur dynamisme pour influencer la donne politique : leur politisation doit s’accompagner de maturité politique.

    Choisir son orientation politique

    Parce qu’en démocratie, la politique conditionne le mieux-vivre-ensemble en encadrant l’organisation des vies sociale, économique et culturelle, il ne peut y avoir de solution durable aux problèmes des jeunes si les concernés, aux abonnés-absents, ne s’impliquent pas dans la conduite des affaires publiques. Il est donc dans leur intérêt d’investir les partis politiques existants, ou mieux, de créer les leurs. Cette adhésion massive doit toutefois exiger des garanties.

    Source : Flickr

    Les 20-40 ans doivent idéalement s’orienter vers des partis politiques qui ont des positionnements idéologiques et des projets de société clairement définis ; des organisations qui incarnent l’éthique et la bonne gouvernance dans leur fonctionnement et surtout qui intègrent dans leurs pratiques courantes : des programmes de formation de leurs adhérents aux idéologiques politiques, à la citoyenneté, au service public et au leadership.

    De même, ces organisations doivent garantir des quotas minimums de représentativité des jeunes dans les instances décisionnelles du mouvement et sur les listes en compétition pour les élections. Au-delà des visées pour 2018, les populations camerounaises doivent adhérer aux organisations politiques avec pour leitmotiv de positivement transformer leur devenir individuel et collectif.

    2018 pourrait donc annoncer le début d’une nouvelle ère politique au Cameroun ! La responsabilité de cette mutation incombe tant aux organisations politiques qui entendent survivre à la fin de cette décennie, qu’aux citoyens qui se seront décidés à prendre leur place dans les cercles de pouvoir et de décision. La balle est dans le camp de chaque citoyen camerounais majeur jouissant de ses droits civiques !

    Qu’ainesse s’oblige donc à transmettre pour garantir la pérennité et que jeunesse s’engage à apprendre pour assurer la relève. 2018 : Et si la jeunesse décidait ?

    • Hiram S. Iyodi

      Hiram est Camerounais, auteur, et passionné de politique.

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