Non, les règles ne sont pas sales et dégoûtantes !

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Photo: SD

Les règles sont une réalité pour la plus grande majorité de la population mondiale mais elles constituent l’un des sujets les plus tabous au sein des sociétés. Les menstrues sont cette chose mystérieuse qui arrive aux femmes tous les mois, tout le monde le sait, mais personne n’en parle et personne n’en voit les preuves. Qu’il s’agisse d’enfouir les tampons ou les serviettes au fond du panier de courses, ou de laver les draps tâchés de sang loin de tout regard, nous sommes passées maitresses dans l’art de masquer nos « scènes de crime. »

La première fois que j’ai eu mes règles a été pour moi un moment plutôt étrange. Curieusement, c’est un événement que j’attendais avec impatience. Mon horloge biologique a fait de moi une femme un peu plus tard que toutes mes amies, et j’avais hâte de demander moi aussi des tampons en chuchotant. Quand j’ai commencé à saigner, j’ai hurlé toute excitée que je devenais enfin une femme ! Ce n’est malheureusement pas la réaction de toutes les femmes : avoir ses règles est considéré comme quelque chose d’extrêmement négatif. Cela est principalement dû à la honte associée à cette fonction biologique du corps féminin, pourtant tout à fait normale. Les règles sont sales, dégoûtantes et doivent être cachées à tout prix.

women and periodsPhoto: NPR

Lorsque la fille de la poétesse Dominique Christina a eu ses premières règles, une fête des règles ayant la couleur rouge pour thème a été organisée. Le message était saisissant dans un monde dans lequel le corps de la femme est un assemblage de vaisseaux prêts à la consommation pour les hommes et non comme une entité, un être vivant capable de se reproduire. Cette fête avait pour but de faire comprendre que nos corps ont des utérus qui causent des saignements lorsque nous passons de l’enfance à l’âge adulte, que c’est absolument normal et qu’il n’y a rien à craindre.

Dans le mémoire de Staceyann Chin, « The Other Side of Paradise », elle écrit qu’elle s’est informée sur les règles grâce au livre de biologie de sa cousine. Elle a comparé la couleur du résidu dans sa culotte, à la couleur rouge de l’hémoglobine que le manuel décrivait comme étant du sang. Elle décrit en détail ses difficultés à enfiler une serviette hygiénique pour la première fois, et l’épilation involontaire à la cire qu’elle a dû subir.

Chaque femme a une histoire particulière en ce qui concerne les règles mais d’une certaine manière, cet aspect de notre fonction biologique est encore couvert du voile du secret. Nos histoires sont différentes et c’est précisément la raison pour laquelle il est important de parler des menstrues et de la manière dont elles affectent nos vies. Il y a des femmes qui ont des crampes tellement douloureuses pendant leurs règles qu’elles ne sont pas productives pendant cette période. D’autres ne peuvent pas s’acheter des tampons ou des serviettes et sont obligées de rester à la maison 3 à 7 jours par mois. 7 millions de filles en Afrique du Sud âgées entre 13 et 19 ans n’ont actuellement pas les moyens d’acheter des serviettes hygiéniques ou des tampons. Ces histoires doivent être racontées.

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Photo: Flare

Partout en Afrique du Sud, des femmes qui ont les moyens d’acheter des protections ont commencé à offrir d’énormes quantités de serviettes hygiéniques à celles qui n’en ont pas, en espérant régler le problème d’une façon ou d’une autre. Des événements où le coût d’entrée est une boîte de tampons sont à présent fréquents et des boîtes de dons ont été créées dans tout le pays. C’est admirable, mais ce type d’action n’est pas durable. Le fait que le gouvernement ne fournisse pas de serviettes hygiéniques porte atteinte au droit des femmes à la dignité, surtout lorsque nous savons qu’à travers le pays, de nombreuses femmes sont chaque mois obligées de choisir entre la nourriture et les serviettes hygiéniques.

En Afrique du Sud, les préservatifs masculins sont gratuits et accessibles dans la plupart des lieux publics. Il existe des boîtes pour les préservatifs masculins dans des senteurs allant du raisin à la fraise. L’engagement du Gouvernement à promouvoir notre droit constitutionnel aux soins de santé en matière de procréation est louable. Malheureusement, ce Gouvernement n’aide pas les femmes qui ne peuvent pas subvenir aux frais liés à leur fonction biologique et qui n’ont pas la possibilité de s’en débarrasser.

Le département d’éducation de la province de KwaZulu-Natal a pris des dispositions pour la période de menstrues des filles en âge d’aller à l’école. C’est un progrès, mais il reste encore beaucoup à faire : les femmes sans abri, les femmes dans les zones rurales et un grand nombre de femmes de la classe ouvrière ne peuvent toujours pas se permettre le luxe des serviettes hygiéniques et cela doit être rectifié. Il est inhumain que les corps féminins subissent les graves répercussions des situations financières et sociales pour une fonction naturelle de notre organisme. Il est grand temps de vulgariser le débat sur les règles.

Traduit de l’article en Anglais “What’s blood got to do with it: a story of women and periods” par Adenike Fapohunda.

  • Adenike Fapohunda

    Adenike is from South Africa. She is a student of law, politics and philosophy who enjoys writing about the world as she experiences it.

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