élites au Cameroun

Est-il possible d’aller au-delà du constat de l’échec des élites camerounaises ?

 

Cet article est le troisième de notre Focus « Que devons-nous attendre de nos élites et nos élus au Cameroun ? »

Le terme « élite » désigne généralement au sein d’une société, la minorité d’individus qui détient le plus fort pouvoir d’action et d’influence sur la marche et la conduite des affaires publiques. Le statut privilégié d’élite est reconnu s’acquérir par l’éducation (la culture intellectuelle), le mérite (travail) ou la filiation héréditaire. Les sociétés contemporaines reconnaissent différentes types d’élites, à savoir :

  • L’élite intellectuelle : les diplômés des universités et grandes écoles, les savants, chercheurs et leaders d’opinion
  • L’élite économique : les entrepreneurs et hommes d’affaire à succès
  • L’élite traditionnelle : les rois, chefs de communauté, notables et les guides religieux
  • L’élite administrative : les cadres de l’administration publique, des forces de défense et de sécurité, et les décideurs politiques.

Dans le contexte socioéconomique africain, marqué par un taux de pauvreté élevé, le chômage croissant des jeunes, l’insuffisance et la mauvaise qualité des infrastructures sociales, les populations ont tendance à laisser reposer leur espoir en de meilleurs lendemains, dans la magnanimité et le sens du devoir de leurs élites. Il est généralement attendu de ces dernières, de réussir là où l’Etat a failli : les élites doivent construire et aménager les voies de transport, les écoles et les centres de santé ; trouver du travail aux chercheurs d’emploi ; financer les projets d’initiative communautaire ; ou simplement résoudre les difficultés matérielles des leurs.

En observant l’écart croissant qui continue de se creuser entre le potentiel de développement de notre pays (en termes de ressources humaines, alimentaires, énergétiques et minières), et l’impact réel des politiques de développement sur le quotidien des populations, nous serions tentés d’émettre un jugement extrêmement sévère sur la qualité des actions qui ont été entreprises par nos élites. Dans la grande majorité des contrées camerounaises, la tendance a bien souvent été à l’enrichissement (illicite) personnel plutôt qu’au service et à l’encadrement du développement collectif. Le nombre de hauts-dirigeants poursuivis ou condamnés pour de cas de détournements de fonds, témoigne de la philosophie et de l’état d’esprit qui semble avoir été le leitmotiv de nos chères élites.

Pour nous positionner au-delà du constat de l’échec des élites camerounaises, et afin de nous donner des chances de construire une nouvelle forme de leadership qui saura positivement impacter le quotidien du plus grand nombre, un certain nombre de transformations mentales doivent s’opérer dans la psyché des nouvelles générations de citoyens camerounais. Il nous faut rapidement et consciemment modifier notre rapport à l’élitisme, pour sortir des logiques d’attente des « hommes providentiels », et considérer que chacun d’entre nous fait partie intégrante des solutions aux problèmes identifiés dans nos communautés.

S’agissant particulièrement de l’élite politico-administrative, le code électoral de notre pays prescrit que tout citoyen âgé de 23 ans et jouissant de ses droits civiques, est éligible à un poste de conseiller municipal ou de député à l’assemblée nationale. Le défi actuel consiste donc à passer le cap de la critique des élites d’hier, pour intégrer le champ de la proposition et de l’action citoyenne et politique. La transformation du pouvoir d’action de l’élite camerounaise résultera de notre détermination à nous investir dans la conception et l’implémentation des politiques de développement à l’échelle locale.

En conclusion de cette réflexion critique sur les actions de nos élites,  je me permets de citer un extrait du Message des autorités traditionnelles de la Région de l’Ouest du Cameroun, transmis aux membres de l’association Synergie de la Jeunesse Camerounaise (SJC), lors de la première édition des excursions éducatives SJC organisée en Mai 2014 :

« TOUS, VOUS ETES LE CAMEROUN ! Nul ne disposerait d’une « camerounité » surpassant celle d’un autre. Riche, pauvre, vieux, jeune, instruit ou moins : chaque camerounais sera reconnu responsable de l’état de notre pays le 20 mai 2022, au moment de célébrer le cinquantenaire de notre Etat Unitaire ! La mission de la génération actuelle (jeunes et aînés) consiste donc à faire comprendre aux camerounais que la peur doit être transformée en courage et audace pour grandir, et non en violence pour brûler et casser. TOUS ! Chacun chez lui et autour de lui, peut et doit devenir le «Grand», l’«élite», le «leader», l’encadreur du développement holistique ; au niveau social, politique, culturel, économique ; globalement au niveau Humain ! ».

Puisse donc chaque citoyen camerounais se considérer comme une élite, et agir en conséquence et à son niveau pour contribuer à la transformation de notre société.

Cet article est le troisième de notre Focus « Que devons-nous attendre de nos élites et nos élus au Cameroun ? »

Photo: Flickr

  • Hiram S. Iyodi

    Hiram est Camerounais, auteur, et passionné de politique.

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