De la dépendance à une réelle indépendance des États africains

reelle independance etats africains
6 minutes

Le Bénin a célébré une 57ème fois son accession à l’indépendance nationale le 1 août 2017. Tout comme dans le mien, cet événement est commémoré depuis plus de 50 ans dans la majeure partie des pays d’Afrique. C’est généralement une journée festive agrémentée d’une parade militaire et ponctuée par un discours à la nation du dirigeant suprême.

L’indépendance d’un pays marque sa rupture avec le colonisateur et rend l’Etat souverain sur le plan énergétique, monétaire, économique, politique… Cependant, le constat en Afrique est tout autre. La monnaie, l’énergie, l’économie et même la gouvernance de nos pays sont orientés par nos ex-colonisateurs. On en conclut alors que nous ne célébrons pas l’indépendance de nos pays, mais plutôt la fête de l’indépendance.

Pourquoi l’Afrique est-elle toujours dépendante de l’Occident ? Comment passer de la dépendance nationale à une réelle indépendance de nos Etats Africains ?

Les causes profondes de la dépendance des pays africains

L’histoire de la colonisation (1360 – 1959), montre que l’Afrique a été dépouillée de ses ressources naturelles et de ses bras valides. Mais le mal est plus profond. Le colonisateur nous a fait croire, et continue de nous faire croire que notre culture, notre mode de gouvernance et même nos religions sont mauvaises.

Nous avons hérité et adopté des cultures, des modes d’éducation, les religion et des systèmes de gouvernance qui ne sont pas les nôtres, ce qui a provoqué en nous une perte d’identité et donc une perte de repères. La confiance en soi, la connaissance de soi et l’acception de sa personne sont les fondamentaux de l’accomplissement du potentiel de chaque individu. Il est impossible pour nos États de prétendre au plein développement tant que nous, citoyens, ne retournons pas vers ces fondamentaux.

La seconde cause profonde  de notre dépendance est notre retard économique qui, dans le cas de huit pays du continent dont le mien, est imputable au Franc CFA. Ce Franc des Colonies Françaises d’Afrique créé par la France au lendemain de la deuxième guerre mondiale en 1945 est un frein à la capacité de production de deux régions d’Afrique (Ouest et Centre) et affecte forcément le reste du continent. L’action de cette monnaie dans la régulation de notre économie ne peut être niée, mais cette régulation s’aligne sur celle d’une monnaie plus forte (l’Euro), et fait de ses utilisateurs  d’éternels consommateurs des produits occidentaux.

Toujours sur le plan économique, dans le cas du Franc CFA comme dans celui d’autres monnaies, ceux qui ont toutes les cartes en main et modèlent autant notre système de vie que de pensée et limitent nos capacités à tous les niveaux sont des partenaires techniques et financiers. Ils nous octroient des subventions et prêts parfois sous des conditions inimaginables pour nous « sortir » du marasme financier dans lequel ils nous ont plongés. Aucune solution durable contre ce problème ne se profile à l’horizon, ce qui ne présage rien de bon pour nous sur le long terme.

Les programmes d’aide au développement destinés à l’Afrique  sont recyclés ou basés sur des politiques conçues la plupart du temps par des experts spécialistes de l’Europe, l’Amérique ou l’Asie. Il s’agit parfois de solutions toutes faites ne prenant pas en compte la réalité des pays africains. Et, comme mentionné précédemment, les conditions de financement sont désavantageuses pour les pays bénéficiaires.

Le complot de la dépendance orchestrée par ces grandes puissances mondiales sur notre continent est appuyé par nos propres compatriotes Africains. Nos élites et nos élus (ou pas) nous font croire qu’ils prennent des décisions utiles pour nous. Leur seul souci est de conserver de bonnes relations avec les puissances coloniales et de s’enrichir sur le chemin. Pourtant la richesse de l’Afrique en termes de ressources aurait dû nous hisser à un rang bien plus enviable que celui que nous occupons aujourd’hui.

De la dépendance à une réelle indépendance nationale des pays africains

Beaucoup de voix s’élèvent pour exprimer la révolte des citoyens Africains, mais elles ne suffiront pas à nous débarrasser des prédateurs de l’Afrique. La solution ne réside ni dans les discours, ni dans les réponses aux propos de chefs d’Etats Européens sur les réseaux sociaux. Elle ne réside pas non plus dans les nombreux programmes que nous sommes incapables de financer nous-mêmes. L’Europe, l’Amérique ou l’Asie ont toutes de bonnes raisons de manipuler l’Afrique pour leurs propres intérêts. Il revient aux citoyens Africains de prendre de bonnes décisions dans leur propre intérêt.

Outre notre perte d’identité, nous Africains restons inertes car nous pensons que le reste du monde nous est redevable. La solution à notre relève en tant que continent doit venir du fait de nous placer nous-mêmes au centre de notre réflexion. Pas en tant qu sujet, mais en tant qu’objet. Cela doit être la manière de penser de chaque Africain quel que soit son âge, sa condition physique ou économique et son niveau d’instruction. Ce formatage mental ne peut se faire que par une éducation repensée et propre à nos réalités endogènes.

Tout africain doit s’intéresser aux affaires de son pays pour une participation informée aux prises de décisions. La définition de la vision de nos Etats, l’implémentation des actions et la recherche des solutions aux problèmes de l’Afrique en général et de nos pays en particulier ne sera plus que l’apanage d’une classe dite « intellectuelle » ou encore « riche ». La politique de l’Afrique deviendra l’affaire de tous ses citoyens.

La seconde proposition de solution allie notre capacité de transformation de nos productions et l’utilisation d’une monnaie unique à travers le continent. Des initiatives sont prises par nos chefs d’Etats afin de supprimer le Franc CFA et d’avoir une monnaie commune. L’idée reste et demeure bonne, mais elle ne sera profitable qu’en cas de valorisation de l’agriculture, de la recherche et de la transformation industrielle.

Enfin, il est clair que nos Etats ne peuvent ériger des barrières physiques à l’importation des produits de l’Europe, de l’Amérique ou de l’Asie. Il serait judicieux de revoir les taxes à la hausse. Les recettes pourraient servir au financement de la production des denrées alimentaires de première nécessité en vue d’une auto-suffisance alimentaire.

L’indépendance et le véritable bien-être des peuples africains est encore possible. La réelle souveraineté des Etats africains peut se concrétiser. Une Afrique développée grâce à ses richesses naturelles, humaines et culturelles est un idéal réalisable. Après plus d’un demi-siècle à se leurrer, Il appartient à la génération actuelle de rendre l’Afrique excellente. Nous devons tous être acteurs du changement.

Photo: Lutheran World Federation

  • Michael Matongbada

    Michael est originaire du Bénin. Il est Ingénieur des travaux statistiques, Spécialiste en suivi évaluation en formation.

  • Show Comments (0)

Laisser un commentaire

You May Also Like

civic solidarity safety africa

When the defender feels unsafe: a story of violence and civic solidarity

What about moving toward a society where violence is not considered common and therefore ...

tech bad governance zimbabwe

When tech and optimism transcends bad governance in Zimbabwe

The tech world in Zimbabwe is groing fast despite lack of resources and bad ...

gestion des réseaux sociaux au cameroun

Drames et réseaux sociaux au Cameroun : liberté d’expression hors de contrôle

Les réseaux sociaux sont l'arène d'expression par excellence aujourd'hui, mais est-il approprié de s'y ...

Journalisme professionnel et citoyen

Journalismes citoyen ou professionnel : quels médias pour les sociétés civiles aujourd’hui ?

8 minutes« Le journalisme citoyen est né des lacunes du journalisme professionnel » Cette phrase de ...

dignite-humaine-lutte-antiterroriste

Défense de la dignité humaine et protection du citoyen dans la lutte antiterroriste

La lutte antiterroriste s'inscrit dans un cadre tant normatif qu'opérationnel défini par les Nations ...