Que seraient nos vies si nous avions accès à l’information ?

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Photo : Dietmar Temps

Anna a 15 ans.

Elle est très jeune, et elle est très brillante à l’école. Elle est le premier enfant de sa fratrie à avoir eu son baccalauréat. Ses grands frères ont préféré tenter leur chance sur « les routes » pour rejoindre leur eldorado, l’Europe. Anna souhaite devenir médecin, mais elle sait que ce n’est qu’un rêve. L’année prochaine elle n’ira pas à l’université car sa mère n’a pas assez de moyens pour payer les frais de scolarité et les fournitures exigées. Les vacances sont terminées et Anna se prépare psychologiquement : dès la semaine prochaine, elle installera un étalage au marché, juste à côté de celui de sa mère. Si elle ne peut pas aller à l’école, alors elle aidera à alléger les charges financières à la maison.

Charles ne connait pas Anna, pourtant ils vivent non loin l’un de l’autre. Lui n’a pas eu la chance de faire de bonnes études, il est né dans une famille d’agriculteurs et a rejoint les champs très tôt. Le fait de ne pas avoir fait d’études ne fait pourtant pas de lui un jeune homme idiot. Au fil des saisons, Charles a observé les méthodes agricoles dans les champs qu’il fréquente, et il en visite beaucoup. Il a constaté que certaines activités sont inutiles et chronophages. Il a également constaté le gaspillage en eau des agriculteurs lors de l’arrosage des plantes.

Grâce à des connaissances de bases de calcul et d’écriture et une réflexion poussée, Charles a mis au point un dispositif révolutionnaire d’arrosage qui permet d’économiser une grande quantité d’eau. Il souhaite avoir une patente pour sa création pour pouvoir la distribuer, mais le montant requis est bien trop élevé pour sa bourse. Selon ses estimations, il lui faudra 5 années d’économies pour y arriver. Il ne compte pas baisser les bras, il va y arriver car il croit fermement en l’utilité de son dispositif. En attendant, de l’eau continuera d’être gaspillée.

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Photo : Bill Hertha

Ce qu’Anna et Charles ne savent pas c’est qu’ils peuvent bénéficier d’aides. Dans le cas d’Anna, le Ministère de l’Education supérieure de son pays met à disposition des bourses pour les jeunes filles qui ont obtenu 16 de moyenne et plus au baccalauréat, dans le cadre de sa stratégie de promotion de l’éducation des filles. Pour ce qui est de Charles, le Ministère de l’agriculture finance les trois quarts de la somme requise pour les patentes de méthodes ou de dispositifs destinés à l’amélioration de l’agriculture. En réalité, les économies actuelles de Charles peuvent lui permettre d’obtenir cette patente.

Anna n’a pas poursuivi son rêve et Charles a mis le sien en attente pour la même raison : l’information dont ils ont besoin pour se réaliser ou réaliser leurs entreprises ne leur est pas parvenue. Tout simplement. Ils ne savaient pas.

L’accès à l’information est un droit, mais c’est également un besoin pour chaque citoyen. Au-delà du contrôle de la gestion des affaires publiques, nous avons besoin d’être informés pour nous sentir soutenus et encadrés par nos Etats. Nous avons besoin de savoir ce que les services publics mettent à notre disposition pour nous sentir protégés par lui et nous réaliser pleinement. Il ne s’agit pas ici de grandes théories ou de lois, il s’agit tout simplement du mal que le manque d’accès aux informations cause aux citoyens au quotidien.

La relation entre les pouvoirs publics et les citoyens est brisée dans de nombreux pays d’Afrique depuis très longtemps, et le Cameroun ne fait pas exception. La rapide croissance de l’entrepreneuriat social est par exemple une réponse des jeunes face à l’inaction de l’Etat. Le message est clair : « nous pouvons nous réaliser sans vous ». Le climat de confiance entre les citoyens et l’Etat peut être rétabli grâce à la diffusion massive d’informations.

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Photo : DeGust

L’opacité au niveau des affaires publiques et le manque d’appui aux réalisations des uns et des autres est l’une des principales raisons pour lesquelles la méfiance et même la peur se sont établies et se transmettent de générations en générations. L’information semble tabou, et parfois on en vient à avoir peur de la chercher, alors on se réfère aux bruits de couloir. Et le plus grands de ces bruits est « L’Etat n’a rien prévu pour vous ! ».

Il n’est pas question ici de divulguer des informations « secret-défense », mais tout citoyen a besoin de savoir ce qui se passe dans son pays. Il a surtout besoin de savoir que l’Etat est là pour lui/elle. De nombreux programmes d’accompagnement existent, qu’ils soient dans le domaine de l’éducation, de l’agriculture ou même de l’entrepreneuriat dans chacun de nos pays. Seuls les « initiés » en bénéficient. La diffusion des informations dans ce cas assainira grandement la relation entre les citoyens et l’Etat, et elle permettra également de lutter contre l’un des plus grands fléaux du moment : la corruption. Si ces aides ne sont pas distribuées, les fonds alloués vont forcément quelque part.

Selon l’Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

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Photo : Cisco

Grâce au cyberespace il est aujourd’hui possible de diffuser massivement des informations et de les mettre à la disposition de tous. Nos pouvoirs publics doivent profiter de cette occasion pour diffuser les informations à caractère public. Les citoyens en ont besoin pour s’épanouir et vivre pleinement leur citoyenneté à tous les niveaux.

Par ailleurs le numérique est également une opportunité pour nos Etats de remplir l’exigence universelle contenue dans l’Article 19 selon laquelle chacun et chacune doit pouvoir chercher et recevoir l’information sans considération de frontière. Nous signons de nombreuses chartes que nous ne respectons pas, pourtant nous en avons les moyens. Selon la Déclaration de presse de l’organisation ADISI dans le cadre de la journée internationale du droit d’accès à l’information le 28 septembre 2017, le Cameroun par exemple a ratifié et/ou adopté de nombreux textes relatif à l’accès à l’information, pourtant la bataille pour le plein accès à ce droit ne semble pas tirer à sa fin. Ces textes sont notamment :

(sur les plans international et régional)

– La Résolution 59 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946

– La Résolution A/HRC/RES/32/13 du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

– La Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948

– La Charte de Munich de 1971

– La Déclaration africaine des Droits et Libertés de l’Internet de 1994

(sur le plan national)

– La Loi N° 90/052 du 19 décembre 1990 portant sur la communication sociale au Cameroun

– La Loi n°90/053 du 19 décembre 1990 portant sur la liberté d’Association

– La Loi n°98/014 du 14 juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun

– La Loi n°2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques au Cameroun

L’accès à l’information est nécessaire pour les citoyens afin qu’ils jouissent pleinement de leurs droits et bénéficient de tous les avantages à leur disposition. La diffusion de l’information est nécessaire pour que les Etats rétablissent un climat de confiance entre leurs administrés et eux. Réclamons l’accès à l’information dans nos pays, réclamons également l’ouverture des données à caractère public.

  • Befoune

    Befoune is the Founder and Editor in Chief of Elle Citoyenne. She is passionate with Citizen Participation, especially at the social level.

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