Le machisme chez les prédicateurs Bamoun musulmans

Moktar Njumoun Elle Citoyenne

Moktar Njumoun

(Cameroun)

La femme et le mariage est un sujet à la mode lors d’événements et manifestions chez les musulmans originaires du Noun au Cameroun. Un réel travail de propagande est effectué par les dignes défenseurs et protecteurs de la survie du régime patriarcal, un travail qui vise à éduquer les femmes à la soumission à leur mari. Des messages du genre « vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance. Craignez Allah » (Coran, Sourate 2, Verset 223) sont répétés à tort et à travers.

À travers ces messages de mise en garde de la femme qui ne « doit jamais tourner le dos à son mari », ces éclaireurs de la vie commune et de l’art de vivre selon le divin renforcent les convictions des hommes en ce qui concerne leur supériorité face à la femme. Les femmes qui osent encore croire à une possibilité d’égalité font face à un choix aussi clair que difficile : suivre la voie divine et être soumise à son homme ou s’accrocher à ses convictions (solliciter l’égalité de droit entre l’homme et la femme) et s’éloigner de la parole de Dieu.

Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l’avance.

Le leadership féminin et l’Islam Bamoun ne font pas bon ménage. La place de la femme pour ces prédicateurs est de servir au plaisir de l’homme pour respecter la parole de Dieu. D’après eux, la femme ne doit et ne peut être autonome. Dans les écoles d’apprentissage coranique et d’initiation à la foi musulmane, les enseignants font réciter aux jeunes filles des passages qui valorisent la soumission de la femme à son homme, qui interdisent à la femme de prétendre à une égalité, des passages qui lui interdisent de se révolter face à cette soumission.

Tout porte à croire que ces versets sont choisis uniquement dans le but de convaincre la femme de son infériorité vis-à-vis de l’homme, et les interprétations qui en sont faites visent à mettre la femme au service de la gente masculine. La religion a de particulier le fait que les interprétations peuvent être diverses. L’histoire nous a montré qu’il est possible d’orienter une interprétation dans le seul but de vulgariser une idéologie personnelle, une façon de voir le monde.

La place de la femme pour ces prédicateurs est de servir au plaisir de l’homme pour respecter la parole de Dieu.Moktar Njumoun

La raison qui me pousse à croire que les enseignements des prédicateurs Bamoun ont pour but d’étendre l’hégémonie machiste est le caractère systématique de l’évocation des devoirs de la femme et l’impasse faite sur ses droits. C’est tout le contraire en ce qui concerne les hommes : leurs droits divins face à la femme éclipsent entièrement leurs devoirs. On aurait tendance à croire que l’Islam ne réserve aucun droit à la femme, or le Saint Coran fait état de nombreux droits pour les femmes. Il est d’ailleurs mentionné dans le Verset 228 de la Sourate 2  Coran que « quant à elles [les femmes], elles ont des droits comme elles ont des devoirs, conformément à la bienséance. » Aucune différence avec le cas de l’homme qui a plusieurs droits et devoirs envers sa femme et sa famille.

Parmi les grands savants, les théologiens, les prédicateurs, et les enseignants d’Islamologies, plusieurs tendances reconnaissent et prônent les droits et libertés des femmes. C’est le cas de Tariq Ramadan et Mohamed Bajrafil. Dans un article intitulé La question de la femme musulmane, Tariq Ramadan affirme que « l’Islam n’a pas de problème avec les femmes mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications ».

L’Islam n’a pas de problème avec les femmes mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications.Tariq Ramadan

Le dogmatisme religieux est aujourd’hui un instrument qui, entre les mains de phallocrates permet à la classe masculine dominante de soumettre la femme et restreindre son émancipation. Par ailleurs, si les femmes n’effectuent jamais des recherches et des études poussées sur la religion (ce qui est conseillé et fait l’unanimité de tous les prédicateurs et savant de l’Islam) pour mieux la comprendre et édifier les autres, elles ne resteront que des sujets dominés qui n’ont d’autre choix que d’accepter ce qui leur est présenté par les hommes.

Les hommes en général et les prédicateurs en particulier doivent faire preuve de bonne foi dans l’analyse des sources scripturaires islamiques et sortir du joug patriarcal pour permettre à la femme de jouir de ses droits et libertés au sein de la vie religieuse. Il ne serait pas honnête de ne pas mentionner la tendance de certains jeunes prédicateurs Bamoun à faire des prêches d’équités dans le genre.

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Bien que j’ai insisté sur l’Islam selon les prédicateurs Bamoun au départ, la pratique décriée ne leur est pas exclusive. Faites un tour chez les Juifs, les Chrétiens ou les Bouddhistes. Vous verrez que la même réalité qui se manifeste différemment.

Malgré l’influence des figures féminines dans la religion juive (Sarah, Rebecca, Myriam…)  le machisme est très présent et la femme se retrouve toujours placée en mal. Il y a de quoi être frustrée quand dans la prière matinale la femme doit réciter des passages comme « merci mon Dieu de ne pas m’avoir fait femme » (prière du matin chez les Juifs) ou quand il faut lire des passages selon lesquels « tous les jours elle travaille au bonheur de son mari Jamais elle ne lui cause de peine » (Torah), « plutôt brûler la Torah que de la confier à une femme » (Sota 83, Talmud de Jérusalem). Ils existent pourtant comme dans d’autres livres saints des passages qui valorisent la femme, mais ils sont peu mis en avant.

Les hommes en général et les prédicateurs en particulier doivent faire preuve de bonne foi dans l’analyse des sources scripturaires islamiques et sortir du joug patriarcal pour permettre à la femme de jouir de ses droits et libertés au sein de la vie religieuse.Moktar Njumoun

Chez les Chrétiens, le passage identique à celui de l’Islam selon lequel  la femme serait issue de la côte de l’homme impose naturellement dans le subconscient de la femme son appartenance à l’homme, sans qui, elle ne serait et vers qui elle doit se retourner. Certaines tendances chrétiennes refusent des prières sur Marie, à cause de son statut de femme. Les passages louant la femme dans la Bible sont loin de faire ombrage à ceux qui en font l’inférieure de l’homme.

Les Bouddhistes semblent être fondamentalement misogynes : éviter la femme est l’action principale à effectuer pour une vie pieuse. Elle est à l’origine du mal, éloigne des mérites et des honneurs, et éloigne davantage de la meilleure rétribution céleste. Or dans la branche bouddhiste de Nichiren Daishonin, moine japonais du 13e siècle, la femme a une place égale à celle de l’homme. Il écrit d’ailleurs dans le Traité sur le sens de la substance que « même les femmes, même les mauvais hommes obtinrent l’attestation de la fleur du lotus du Bouddha originel ».

Il semble évident que si les hommes ne cessent de proclamer leur fierté et sont majoritaires dans les sphères de connaissances, et d’interprétations religieuses, l’égalité restera un souhait de tous dans les principes, mais combattu dans la pratique.

Photo : Le Blog de Dominique Baumont

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