Lorsque l’engagement citoyen est qualifié de menace contre le gouvernement

Alice Malongte Elle Citoyenne

Alice Malongte

(Cameroun)

Le 10 février 2016, à la suite du discours du Président de notre République très très démocratique sur la Jeunesse, j’ai pris la décision de sortir de ma torpeur. J’ai pris conscience que je devais cesser de me taire. J’ai décidé d’exprimer mon ras-le-bol de cette gouvernance décadente qui accompagne notre pays dans sa descente aux enfers.

Les lettres que j’ai rédigées jusqu’ici n’étaient pas particulièrement destinées à notre cher Président. Nous savons tous qu’il n’a pas le temps de lire puisqu’il est occupé à combattre Boko Haram… entre deux avions. Et même, pourquoi lirait-il les élucubrations savantes d’une jeune concitoyenne qui ne représente même pas une partie de la population qu’il encadre ?

Tu as tendance à menacer le gouvernement. Il faut apprendre à te taire quand tu n’es rien.

Ces lettres, je les ai d’abord écrites pour vous, mes chers concitoyens. Mon désir était de vous faire prendre conscience que notre silence perpétue ce système incompétent dans lequel nous évoluons. Il ne suffit pas de savoir que notre pays va mal. Il faut le dire haut et fort et agir afin de redresser la barre.

La mauvaise gouvernance qui empêche notre pays bien aimé le Cameroun est certes le fait de ceux qui estiment être le « choix du Peuple », mais il est aussi le fait des hommes de bien qui ferment les yeux sur les exactions des premiers. Elle est liée à ce que j’appelle notre « Spectateurisme ».

Même avec un nouveau président, c’est clair que rien ne va changer tant qu’on se comportera chez nous comme si on était des étrangers. Xzafrane

Certains d’entre vous auxquels j’ai eu l’occasion de m’adresser m’ont souvent dit qu’ils étaient apolitiques, pourtant  la politique influence tous les domaines de notre vie. Prenons un exemple simple : si vous vous mariez et qu’à cause de la mauvaise gouvernance vous n’arrivez pas à trouver un emploi décent, comment allez-vous participer à la vie de votre ménage. Comme le disait Ruben Um Nyobe surnommé Mpodol (celui qui porte la parole des siens)  « La politique touche à tout et tout est politique. »

Mes lettres m’ont valu des félicitations de ceux qui ont vu en moi une jeunesse courageuse, mais aussi des insultes de ceux qui me trouvent audacieuse : « Celle-là se prend pour qui pour rédiger des lettres au Président de la République ». Combien de fois ai-je lu cette phrase ? Ces lettres m’ont valu des traitements déplacés lorsqu’il a fallu que je récupère mon diplôme dans une université catholique de la place. J’ai eu droit à « Tu as tendance à menacer le gouvernement. Il faut apprendre à te taire quand tu n’es rien ». Je ne sais pas si dénoncer des faits qui tirent notre pays vers le bas c’est menacer le gouvernement. Je ne sais pas non plus, si les rientons* de notre acabit n’ont plus le droit de s’exprimer.

La politique touche à tout et tout est politique.Ruben Um Nyobe

En un an d’engagement citoyen, j’ai appris qu’il faut agir en se comportant comme des citoyens modèles, en adoptant des comportements éthiques. Si nous clamons haut et fort que nous aimons ce pays, comportons-nous comme tel ! J’ose croire que vous aimez ce pays autant que moi, autant que les martyrs qui ont versé leur sang en essayant de l’arracher des mains des colonisateurs et des imposteurs.

Soyons des citoyens responsables au quotidien, dans les plus petites choses que nous faisons. Nous le faisons avant tout pour ceux qui n’ont pas les mêmes chances que nous et qui n’ont même pas la garantie de l’égalité des chances à cause du désordre qui gangrène notre cher pays, le Cameroun.

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Ne réclamons pas notre nationalité camerounaise uniquement lorsque les lions indomptables remportent la Coupe d’Afrique des Nations, lorsque nos athlètes gagnent des médailles olympiques. Soyons camerounais lorsque tout va bien mais surtout lorsque tout va mal. Plus encore, conscientisons nos concitoyens qui ont des comportements qui ne vont pas dans le sens de notre progrès commun : si nous voulons des villes propres, arrêtons de verser nos ordures sur la voie publique ; disons à nos parents qui détournent l’argent du contribuable qu’ils sont en train de tuer les plus défavorisés ; soyons en règle et acceptons d’être punis par la loi lorsque nous ne le sommes pas ; cessons de corrompre les agents publics.

Si nous adoptons des comportements responsables, cela aura une répercussion sur nos institutions et les personnes qui en ont la charge. Je sais qu’il y a encore des citoyens conscients parmi nous. J’ai eu la chance d’en rencontrer certains dont Denis Emilien AtanganaFranck Essi, Moktar Njumoun, Njikam Nm, Edna Njilin, Michel Amougou, Joseph Lea NgoulaOttou Sydney Olivier. Je vous invite à continuer ce travail de conscientisation que nous chérissons tant.

*Rienton désigne en argot camerounais une personne qui ne vaut rien.

Photo : La Croix

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