Quel avenir pour les femmes battues ?

Sans titre

Vestrid Ngami

(Cameroun)

Si je vous disais qu’une journée suffit pour réaliser ses rêves, me croiriez-vous? Juste une journée de notre existence. Le problème est que bien souvent, on aimerait que notre rêve s’étende sur la durée, ou alors qu’il soit reconnu et validé par tous. L’un de mes rêves a toujours été d’avoir une famille unie, des enfants en bonne santé et un mari présent. Aujourd’hui, je dis bien aujourd’hui, pas hier ni demain, mais aujourd’hui je peux affirmer sans prétention que mon rêve s’est réalisé.

Chaque fois que je vois mon fils jouer, chanter, sauter alors mon rêve se réalise. Chaque fois que mon mari me tient la main, me sourit, m’encourage, me respecte, alors mon rêve se réalise. Je ne sais pas ce qui m’arrivera demain, ni après demain, je sais juste qu’aujourd’hui j’ai pu toucher mon rêve du doigt. Dieu merci ! Seulement, cela ne fut pas le cas d’Alice, morte sur le coup, suite à un coup de pied de son mari reçu dans le ventre. Il a suffit d’un seul coup de pied au ventre pour qu’elle perde la vie. Alice venait d’accoucher et tout comme moi, rêvait de voir son fils épanoui. Elle n’en a jamais eu l’occasion.

Photo : Le Monde

Et si je vous parlais maintenant de Bibiche, toi ma chère Bibiche, toi qui n’avais qu’un seul mot dans la bouche « paix », avec toi je me sentais moi, mon amie. Tu es morte sur un lit d’hôpital, abandonnée à toi même comme une vieille chaussette, laissant un garçon derrière toi. Ton prince tant attendu, celui qui fut à l’origine de ton départ précipité, pas parce qu’il a vu le jour, mais à cause de la pression familiale due au fait que tu ne faisais que des filles. « C’est quel genre de femme qui ne fait que des filles  !» te répétait inlassablement ta belle-mère, oubliant que scientifiquement parlant, c’est l’homme qui détermine le sexe de l’enfant.

Tu étais prête à tout pour avoir ce fils, quitte à flirter avec le diable. Toutes les humiliations que tu as subies pendant ta grossesse ont fini par t’enlever la vie. 5 ans ce sont écoulés depuis ton départ, jusqu’à présent je ne t’ai pas encore dit Aurevoir, en tout cas pas à ma manière.

Photo : Doctissimo

L’histoire de Melène est différente, Melène a évité de justesse la mort. Son bébé par contre n’a pas eu cette chance. Battue par son mari à 9 mois de grossesse, Melène a perdu son enfant. Que lui réservent les jours à venir? tout ce que je sais, c’est qu’elle pleure jour et nuit sur son lit d’hôpital et se demande que faire : partir ou rester? Si jamais elle partait, qu’adviendrait-il de ses autres enfants ? Son mari subvient aux besoins de la maison et à ceux de sa famille à elle. Il ne lui a jamais accordé la permission de travailler, alors elle n’a aucun moyen de prendre la fuite avec ses enfants.

Photo : Les nouvelles de la RDC

Elles sont malheureusement nombreuses dans cette situation, surtout dans les pays d’Afrique. Certaines comme Melène, ont perdu tout espoir et n’ont que leurs yeux pour pleurer. Il en existe pourtant qui refusent de baisser les bras malgré leur situation très difficile, voire invivable. J’ai eu l’occasion d’en cotoyer quelques unes et j’aimerai partager avec vous leur secret. « Le tout c’est de s’accrocher à ses rêve. » C’est ce que m’a confié Fortune, sûre d’elle malgré le fait qu’elle ait échappé plus d’une fois à la mort.

Après un grand soupir comme pour chasser le passé, elle me regarde droit dans les yeux et me dit : « N’ayons pas peur de briller ; le bon compagnon c’est celui qui reconnait, accepte que sa femme a un talent et l’y encourage » . Puis elle reprend en rigolant: « Je ne suis certes pas tomber sur le bon, mais je refuse d’abandonner mes rêves. » Mais comment rêver quand rien ne va, comment rêver quand on a un mari qui veut nous contrôler et une belle-famille qui nous mène la vie dure ? Fortune a une réponse à cette question.

« Il y a toujours et toujours une lueur d’espoir. C’est le même phénomène qui se produit lorsque tu veux transformer le charbon en braise. A la première braise qui apparait, tu te dépêches d’attiser le feu de peur qu’il ne s’éteigne. Oui, cela demande beaucoup de patience et de concentration, c’est pourquoi il ne faut jamais se laisser distraire. De temps en temps il pleuvra, à toi de bien protéger ton feu au risque de le voir s’éteindre. Pour cela il faut être bien équipée mentalement et spirituellement. »

Photo : Sunuker

« Garder sa dignité malgré tout… » Providence m’avoue qu’elle ne saurait compter le nombre de coups de poings reçus depuis qu’elle est mariée. Reconnaissante, elle remercie Dieu d’être restée en vie malgré tout. D’un air presque embarrassé, je lui demande si Dieu la protègera la prochaine fois.  « Je n’ai pas peur de la mort. S’il y a une chose dont j’ai peur, c’est qu’on parvienne un jour à me voler ma dignité. Il est impossible d’arracher à quelqu’un sa dignité si cette personne ne s’est pas laissée faire, donc tout va bien pour moi ».

Au premier regard, rien ne laisse penser que Providence vit l’enfer dans son foyer. Elle fait partie de ces personnes là qui, à elles seules, illuminent toute une pièce. Pourtant ses yeux sont remplis de tristesse.  « On m’a pris mon corps, ma liberté , on m’a même volé mes rêves, mais s’il y a une chose qu’on ne m’a pas pris et qu’on ne me prendra jamais, c’est ma dignité. J’aurais pu partir et laisser mes enfants, j’aurais pu m’enfuir avec un de ces riches hommes qui me promettaient ciel et terre. Seulement, je me suis fixé des objectifs que je respecterai coûte que coûte. Je crois en Dieu, donc je crois et j’espère que demain sera encore meilleur qu’aujourd’hui. En attendant, quand j’ai l’occasion de m’acheter une belle jupe en friperie premier choix je n’hésite pas ! Il est important de savoir se faire plaisir ! »

Photo : CIRAD

Mais comment se faire plaisir quand tout va mal, quand celui qui est censé nous faire nous sentir reine ne le fait pas? Pourquoi se faire plaisir d’ailleurs puisque notre mari ne nous regarde même plus ? Darlia-Paule elle, a trouvé la réponse à ces questions, et aujourd’hui elle se dit heureuse. « Mes problèmes de couple m’ont rendue libre et créative. Je m’occupe de tout à la maison, parfois je me demande même pourquoi on se marie ! » dit-elle dans un écalt de rire.

« J’ai toujours pensé avant de me marier qu’il y avait dans le foyer les activités réservées à l’homme et celles réservées à la femme. Aujourd’hui je peux t’assurer que ce n’est pas du tout vrai. J’adore bricoler, je préfère bricoler que faire la cuisine. Avec un mari presque inexistant, j’ai compris que l’être humain peut tout faire peu importe son sexe. J’avoue que c’est pénible de tout faire toute seule, surtout quand on a des enfants en bas âge. J’aurais bien aimé être soutenue mais bon, que puis-je faire ? Les abandonner à eux même? Me remarier? quel homme accepterait d’épouser une femme avec trois enfants et sans travail, toi même tu connais tes frères. C’est ma croix, je la porte et je souffre en silence. »

Photo : Framepool

Presque dépitée et impuissante je lui demande quel est le rêve qu’elle souhaiterait voir se réaliser. « J’aimerais bien ouvrir un atelier de bricolage afin d’initier les petites filles aux activités considérées comme réservées aux hommes. Ils sont de plus en plus nombreux, ces hommes qui démissionnent de leur rôle de père et de mari. Nos filles doivent être préparées. »

Ce texte s’adresse à toutes les Alice, Bibiche, Melène, Fortune ou Providence. Ce texte n’a pas été écrit pour diaboliser les hommes, mais plutôt pour leur montrer la portée de leurs actes. Il existe beaucoup de structures pour accompagner les femmes battues, mais existe-t-il des structures, en dehors de la prison, pour accompagner les hommes violents ? On ne nait pas violent, ce sont nos conditions de vie qui nous rendent ainsi. Beaucoup d’hommes sont victimes de leur environnement, mais heureusement certains y échappent grâce à la bonne éducation reçue de leurs mamans, leurs tantes, leurs voisines et même de leurs pères !

Ce texte s’adresse à toutes les femmes, car nous sommes toutes de potentielles épouses et de potentiels maris. Donnons une bonne éducation à nos fils, inculquons leur le respect de l’être humain peu importe son sexe et son statut social. Je tiens également à remercier à travers ce texte toutes ces femmes qui, malgré la dureté de leur vie, réussissent à ne pas éduquer leurs enfants dans la haine et la rancoeur.

Photo : RFI

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