Africtivisme : entre « gouvernomètre » et citoyenneté

Africtivistes lors du sommet de Dakar en novembre 2015

Depuis peu, un vent de changement souffle sur le continent Africain. Le peuple ayant subit la gestion de ses élus durant plus d’un demi-siècle, se veut désormais plus souverain. On assiste à un essor contre toute attente du gouvernomètre, néologisme que je définis comme toute mesure de contrôle, d’évaluation et de sanction des actions gouvernementales. Le mackymètre et le buharimètre, des plateformes de contrôle de l’action des présidents Macky Sall du Sénégal et Muhammadu Buhari du Nigeria, en sont des exemples.

Le peuple Africain, et en particulier sa jeunesse, aspire à l’instar du reste du monde à une gouvernance ouverte et inclusive. Avec la croissante pénétration de l’internet, la société civile se trouve désormais dotée de plus de moyens pour s’exprimer, même si la liberté d’expression demeure encore une lutte quotidienne. Pour l’enracinement de la démocratie et l’égalité des chances, les actions de la ligue des activistes africains pour la démocratie, Africtivistes, se multiplient sur tout le continent africain.

Tout citoyen, dans la valorisation de sa citoyenneté, a le droit de regard sur la gestion publique de sa communauté ; il s’agit du contrôle citoyen.Fabrice Bola

Le contrôle citoyen s’avère un gouvernomètre très efficace pour accompagner tout gouvernement soucieux du bien-être de son peuple. Il renvoie à l’État la réactivité du peuple face à l’impact des politiques appliquées. Cependant nombreux sont ceux qui se perdent encore dans l’exercice de ce contrôle.

Tout citoyen dans la valorisation de sa citoyenneté a le droit de regard sur la gestion publique de sa communauté ; il s’agit du contrôle citoyen. Cet exercice nécessite l’accès aux informations, la transparence dans la gestion publique : une gouvernance ouverte. La récente campagne  digitale #FaisonsLesComptes au Togo pour l’accès aux informations sur la gestions des fonds mobilisés pour la Coupe d’Afrique des Nations en 2013 illustre bien l’action citoyenne dans ce sens.

L’autre besoin pour un exercice efficace de ce droit est le dialogue avec les gouvernants, ce qui implique une gouvernance inclusive, participative ou, du moins, consultative. Un réel besoin de dialogue social entre gouvernés et gouvernants se fait sentir et l’idéal serait que les rencontres élus-citoyens ne se limitent pas qu’aux périodes électorales. Le citoyen Africain semble avoir pris conscience de l’importance de faire valoir son droit de regard. L’exercice de ce dernier ne dispense cependant aucun citoyen du devoir de toujours respecter les autorités et institutions de son pays.

Un réel besoin de dialogue social entre gouvernés et gouvernants se fait sentir et l’idéal serait que les rencontres élus-citoyens ne se limitent pas qu’aux périodes électorales.Fabrice Bola

En effet la citoyenneté ne se limite pas seulement au contrôle citoyen et à la valorisation des droits en général. Tout citoyen a la responsabilité de contribuer au maintien d’un environnement (social, politique et économique) sain dans sa communauté pour non seulement son bien-être à lui-même, mais également celui de ses concitoyens.

L’Africain a longtemps été privé de ses droits. Avoir plus de moyens aujourd’hui pour les revendiquer et les faire valoir tend à lui faire oublier ses devoirs. La jouissance de nos droits en tant que citoyen entraîne en contrepartie des responsabilités et des devoirs tant à l’égard de notre communauté qu’à l’égard de l’humanité toute entière et des générations futures.

Les devoirs du citoyen sont d’abord juridiques. Ils sont inscrits dans les textes en vigueur dans chaque pays. Ces devoirs favorisent une meilleure organisation de la société et une harmonie dans le respect de chacun, mais également des autorités auxquelles certains citoyens manquent de respect dans l’exercice du droit de contrôle. Contrairement aux droits, il est compliqué de citer de manière exhaustive les devoirs civiques, néanmoins j’énumérerai quelques uns que je trouve importants. Les devoirs juridiques sont des obligations, avec parfois une connotation morale.

  1. Respecter la loi et, par civisme, s’efforcer de la faire respecter.
  2. Participer au financement de l’État en s’acquittant des impôts, taxes, cotisations sociales et autres contributions.
  3. Participer à la défense de son pays en temps de guerre, comme en temps de paix.

D’autres devoirs sont purement moraux et font appel, dans un pays laïque, au civisme et à la civilité afin de rendre supportable la vie en société.

  1. Être loyal envers la communauté nationale, c’est-à-dire ne pas commettre d’actes contraires aux intérêts de celle-ci (détourner par exemple des fonds destinés à un forage dans un pays où on aspire à fournir de l’eau potable à tous est non seulement interdit par la loi mais c’est surtout immoral.)
  2. Participer à la vie politique. Plus qu’un droit, le vote est un devoir auquel tout citoyen doit s’acquitter.
  3. Respecter les autres et faire preuve de civilité par la reconnaissance mutuelle, sans discrimination aucune. Le respect mutuel constitue l’un des fondements de la paix sociale et des relations interpersonnelles.
  4. Faire preuve de solidarité sociale. Venir en aide aux autres en fonction de ses moyens (à noter que l’assistance à personne en danger est une obligation).
  5. Protéger l’environnement en y apportant sa contribution dans les domaines: alimentation, eau, énergie, transport, produits chimiques, jardinage, recyclage, etc. La loi n’en parle peut-être pas dans votre pays mais jeter vos ordures n’importe comment, uriner et déféquer n’importe où, rouler dans des engins desquels s’échappent des fumées intoxicantes etc. ne contribue pas au bien-être de votre communauté.

En plus de ces devoirs, il conviendrait que tout citoyen cultive sa pensée critique, c’est-à-dire qu’il développe sa capacité à analyser attentivement une information avant de la tenir pour vraie. Cela éviterait de tirer des conclusions hâtives.

A travers les critiques dans l’exercice du contrôle citoyen, nous mettons en lumière les manquements de nos dirigeants. Cependant l’auto-critique citoyenne se fait de plus en plus rare, ce qui risque de conduire nos sociétés vers une crise de la citoyenneté.

Afin de réussir notre contribution au bien-être de nos sociétés, le contrôle citoyen doit être accompagné de civisme désignant le respect, l’attachement et le dévouement du citoyen pour son pays ou sa communauté. Ainsi le respect par chacun de ses devoirs garantit la liberté, les droits et la sécurité de tous.

Je ne respecte pas forcément toutes les responsabilités énumérées plus haut. Mais maintenant qu’on les connaît, nous pouvons tous ensemble prendre un nouveau départ, les respecter afin de porter désormais, avec honneur, le titre de citoyen.

Photo : Africtivistes

 

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