De la nécessité de bloguer, de la nécessité de parler

« Je ne suis pas en train de minimiser l’impact qu’un billet peut avoir sur le lectorat. Je ne nie pas que toute action, tout changement commence par la prise de conscience, et qu’un billet justement peut susciter cette prise de conscience. Mais, la prise de conscience à elle seule ne suffit pas. Du moins c’est à cette conclusion que je suis arrivé au fur et à mesure que Facebook me renvoyait mes billets en pleine gueule. J’en ai tellement pris plein la gueule que j’ai compris qu’il fallait agir autrement si je voulais arriver à un quelconque changement. »

Ce paragraphe est tiré du billet qui a inspiré celui-ci. Il est intitulé De l'(in)efficacité du blogging et il a été publié par Fotso Fonkam le 17 septembre dernier.

Elle Citoyenne a été créé un jour après le premier sommet Africtivistes qui s’est tenu du 26 au 28 novembre 2015. Je l’ai créé après avoir passé trois jours à m’abreuver de l’expérience d’activistes africains connus et reconnus, de personnes qui ont fait « bouger les choses chez elles », qui ont lancé des initiatives et créé des structures pour une meilleure situation dans leurs pays respectifs et au-delà.

Je ne savais rien de tout ce dont ils parlaient. Je ne savais pas qu’il était possible de se faire expulser de son pays pour ses idées. Je ne savais même pas qu’il était possible d’avoir des idées contraires à celles de son gouvernement. Je ne savais pas que des gens pouvaient décider de faire de leur vie entière un combat pour une meilleure gouvernance/une situation meilleure pour les citoyens, et de mettre leur vie en danger pour parvenir à leur fin. Je ne savais pas qu’il était possible de parler, de faire entendre sa voix.

Tout ce qui s’est dit dans cette salle durant ces trois jours a avivé mon intérêt au point où j’ai moi aussi voulu apprendre, comprendre et informer mon entourage avec qui je partageait le même état d’esprit jusqu’au matin du 28 novembre 2015, jusqu’à, comme le dit Fotso Fonkam, ma « prise de conscience ».

De nombreuses questions sont soulevées aujourd’hui quant à l’utilité des blogueurs, du fait de bloguer, de parler de politique, de démocratie, de citoyenneté. L’absence de changement au niveau de nos réalités fait douter d’une quelconque utilité. De nombreux blogueurs abandonnent leur clavier ou le recyclent par lassitude. « Rien ne changera jamais ». « Nous ne touchons pas assez de personnes ». « Nous ne faisons rien ».

Il est vrai qu’à un moment donné le besoin d’action se fait ressentir. Il s’impose et ne peut être ignoré. C’est parfaitement normal, mais l’action vient après la conception, et bloguer, réfléchir sur certaines questions et provoquer des discussions autour apporte ce cadre conceptuel. Au fil de ses écrits on développe sa pensée jusqu’au jour où on est prêt à la matérialiser. MAIS tout commence par le fait de s’exprimer. Ce désir d’action ne survient généralement qu’après expression.

Tout le monde aujourd’hui a la possibilité de créer un blog et de s’exprimer sur les questions mentionnées précédemment, et j’encourage vivement tout le monde à le faire, car il y va de notre intérêt collectif. Il est également possible sur certaines plateformes de réfléchir ensemble. Le Think Tank WATHI est un bon moyen d’expression dans ce sens. Il couvre toute la région d’Afrique de l’Ouest à laquelle s’ajoutent le Cameroun, le Tchad et la Mauritanie. Tous les deux mois un débat portant sur la situation de la région couverte y est lancé et je vous invite tous à y participer. Le débat actuel porte sur le type de Constitution qui nous siérait le mieux, une question à laquelle je pense que nous devons tous essayer de répondre afin de pouvoir agir sur la base du fruit de nos réflexions.

Nous assistons à de nombreux drames dans nos pays respectifs et dans les pays voisins aux nôtres. Les dirigeants semblent ne pas avoir de limites. Ils s’accaparent du pouvoir et le défendent farouchement, violemment, contre toute personne qui le contesterait ou le menacerait de près  ou de loin. Le législatif et le judiciaire semblent ne pas pouvoir être dissociés de l’exécutif. Une anarchie et une impunité indescriptibles règnent au sein de l’administration publique. Ces situations nous affectent tous  et ne peuvent être combattues sans qu’un travail de réflexion ne soit fait en amont.

Personnellement je ne pense pas qu’on blogue pour les autres, mais pour soi. On ne parle pas pour être vu et en vue. On ne blogue pas pour des résultats immédiats, mais pour jeter une base, pour pincer, pour provoquer un sursaut, pour qu’à travers nos écrits, ne serait-ce qu’une seule personne veuille changer son quotidien, celui de ses enfants, de son entourage immédiat. Je parle ici des « blogueurs engagés ». Tout ceci pour dire qu’il est normal de penser que ses écrits n’ont pas l’impact souhaité mais, en réalité, cet impact est mesurable par la seule volonté de passer à l’action après en avoir « beaucoup dit ». Commençons par parler. Continuons de parler. Ça nous poussera tôt ou tard à agir. Fotso Fonkam en est la preuve vivante.

8 Commentaires

  1. On ne blogue pas pour des résultats immédiats, mais pour jeter une base, pour pincer, pour provoquer un sursaut, pour qu’à travers nos écrits, ne serait-ce qu’une seule personne veuille changer son quotidien, celui de ses enfants, de son entourage immédiat. Je plussoie

    Je suis bien d’accord avec ces mots. Nous avons tous un devoir; blogueur ou pas nous devons souligner ce qui ne tourne pas rond si ça a de l’ilmpact tant mieux… le pire ce serait pour moi de se taire….

  2. Je veux quand-même préciser que dans ma conception des choses, agir ce n’est pas forcément descendre dans la rue, faire des sittings ou des manifestations, protester publiquement etc. Moi, quand je parle d’agir, c’est d’abord appliquer ce qu’on recommande dans nos billets (de façon à amener les autres autour de nous à faire pareil, qu’ils nous aient lu ou pas). Exemple très simple: refuser la corruption et éviter de corrompre, s’inscrire sur les listes électorales et aller voter… Voilà l’action. Et je pense que tout le monde ne m’as pas compris quand je me suis exprimé sur la question. C’est pour cela que beaucoup ont pensé que je parlais de découragement ou d’essoufflement, non, au contraire.

  3. On ne blogue pas pour les autres, on blogue pour soi.
    On ne blogue pas pour des résultats immédiats mais pour jeter une base, pour provoquer…
    merci Anne-Marie. Nothing else to say

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